Une série d’avertissements sur résultats incite à la prudence

le 07/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Le ralentissement de la consommation et la difficile acceptation de l’augmentation des prix de ventes compliquent la réalisation des objectifs.

La période où les entreprises cotées n’ont cessé de surprendre agréablement les analystes financiers est-elle en train de s’achever ? Une série d’avertissements sur résultats (profit warnings) émis par quelques entreprises américaines et européennes, dont Carrefour, Philips, Akzo Nobel ou le fabricant de blackberry, RIM, vient de prendre les investisseurs à contrepied.

« Nous sommes devenus vigilants », révèle Nicolas Just, responsable gestion actions core de Natixis AM, qui scrute les moindres signaux inquiétants, à quelques jours du démarrage de la saison des publications des résultats du premier semestre des sociétés européennes. Les premières à publier seront Daimler, Peugeot, LVMH, Air France et Philips qui a déjà annoncé la couleur. Et pour cause, « dans certains pays, les sociétés qui savent que leur activité sera loin de leurs objectifs initiaux doivent le communiquer au marché un mois avant la date de publication de leurs résultats », rappelle Nicolas Just. C’est le cas du conglomérat néerlandais, qui a nettement réduit ses ambitions pour deux de ses divisions clés, l’électronique grand public et l’éclairage. Conséquence, le cours de l’action s’est rapidement effondré de 11 % à la Bourse d’Amsterdam, dans les premiers échanges qui ont suivi cette annonce.

La consommation faiblit

Refroidis, les gérants d’actifs s’interrogent sur la portée de cette petite série de profit warnings. S’agit-il de quelques déceptions isolées, liées à des risques spécifiques d’entreprises, ou bien à des facteurs d’ordre conjoncturel, augurant d’une vague de déconvenues par rapport au consensus de marché actuel ?

Les attentes en termes d’activité sont sans doute un peu trop optimistes. Aux Etats-Unis, « les économistes ont commencé à réviser leurs estimations de croissance de PIB à la baisse mais les analystes financiers n’ont pas encore diminué leurs espérances de bénéfices nets par action. Il y a un décalage d’évaluation », observe Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. D’ailleurs, « ce sont les sociétés qui s’étaient calées sur l’ancien consensus macroéconomique pour fixer leurs objectifs d’activité qui ont été prises à revers », constate Nicolas Just, et en particulier celles dont le développement « s’appuie sur la progression de la consommation dans les pays développés ».

Les dernières données en la matière sont décevantes. Aux Etats-Unis, l’acquis de croissance de la consommation du deuxième trimestre n’est que de 0,4 % en rythme annuel. « La hausse des prix du pétrole a rogné le pouvoir d’achat des consommateurs américains et les anticipations de hausses de prix à venir les rendent encore plus prudents », explique Jean-Louis Mourier. En outre, comme les économies développées sortent de la crise avec des dettes publiques en forte hausse, « les politiques restrictives qu’il va falloir mettre en œuvre pour y remédier vont peser sur la dynamique de l’activité ». Il ne faudra plus compter sur des mesures, telle la prime à la casse, pour inciter les ménages à dépenser.

Deux autres facteurs, la flambée des cours des matières premières et le tsunami du 11 mars au Japon, dont les répercussions sur l’activité mondiale ont été jugées temporaires au départ, « se transforment en éléments plus durables », observe Jean-Louis Mourier. La pénurie de quelques composants clés, liée à la catastrophe japonaise, a conduit à des réductions d’utilisation de capacités de production industrielle et, par ricochet, à une diminution des commandes auprès des fournisseurs, qui ont à leur tour réduit l’utilisation de leurs capacités, etc. Un effet boule de neige.

L’autre défi à relever par les entreprises est la transmission de la hausse des coûts venant de la montée des cours des matières premières et qui passe désormais par une hausse des prix de ventes. Déjà de plus en plus contraintes, la demande sera-t-elle au rendez-vous ? Rien n’est moins sûr. L’une des raisons qui ont conduit Philips à revoir ses ambitions est « son impossibilité à faire passer ses hausses de prix de ventes après avoir dû en consentir à ses fournisseurs », commente Catherine Guarrigues, responsable de la gestion actions chez Allianz GI Investments Europe. Même son de cloche chez Akzo Nobel, et les inquiétudes prévalent chez de nombreux industriels, acteurs de la grande distribution ou des biens de consommation qui commencent tout juste à tester la réaction de leurs clients vis-à-vis des hausses de prix. « Nous verrons si les données macroéconomiques se traduiront effectivement dans les résultats des entreprises », indique Nicolas Just, suggérant d’être très sélectif. Cet été, ce sont les bénéfices qui donneront le la des marchés d’actions.

A lire aussi