Un sentiment de fragilité

le 19/05/2011 L'AGEFI Hebdo

La crise financière, qui entrera cet été déjà dans sa cinquième année, et ses conséquences dominent toujours le contexte dans lequel les lecteurs de L’Agefi sont contraints d’exercer leurs métiers. En dépit d’une réaction rapide des politiques et des régulateurs, si l’on veut bien tenir compte de l’envergure mondiale de la réponse apportée par le G20, le chantier de la régulation nouvelle demeure largement semé de tours inachevées et de voies à peine tracées qui paraissent pour l’heure ne conduire nulle part. Interrogé par L’Agefi, Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, en convient : « Nous sommes au milieu du gué » (lire l’entretien pages 8 à 11). Nos lecteurs, sondés sur le sujet par L’Agefi Hebdo, seraient plutôt tentés de considérer que « nous sommes encore au début de la route » (lire L'Evénement pages 12 à 15). De l’édifice en cours de construction, ils comprennent certes le plan général qu’ils approuvent, mais leur scepticisme sur son efficacité n’en est pas moins profond. Il est vrai que des déséquilibres économiques globaux entre grandes régions du monde au développement débridé des marchés financiers, loin de la logique que souhaiteraient leur imposer les régulateurs, les raisons qui ont présidé au déclenchement de la crise sont loin d’avoir disparu. Quant aux difficultés encore non résolues, elles demeurent nombreuses et d’autant plus menaçantes qu’elles résultent parfois de véritables contradictions au sein même de la démarche de régulation.

Nos lecteurs en pointent quelques-unes, comme le risque de concentration qui peut se profiler derrière les exigences nouvelles de solvabilité et de liquidité imposées aux banques. Ces contraintes pourraient conduire à interdire l’exercice de certains métiers à nombre d’acteurs pour en faire la chasse gardée de très grands groupes. Leur influence, notamment dans l’organisation des marchés financiers, se trouvera de facto renforcée et le risque que fera peser sur l’ensemble du système leur éventuelle défaillance n’en sera que plus redoutable. Le sort qui sera réservé à la finance parallèle, qui semble pour l’heure sortir grande gagnante de la crise, ainsi que les conséquences de l’action des régulateurs sur le financement de l’économie, demeurent aussi des sujets d’inquiétude.

Pour autant, les professionnels ne doivent s’attendre à aucun répit de la part des régulateurs. Jean-Claude Trichet ne laisse aucun doute sur leur détermination à conduire le processus à son terme. Reste à savoir à quel rythme et quand seront apportées, de manière convergente partout dans le monde, les réponses aux questions qu’ils se posent et qui nourrissent leur sentiment de fragilité.

A l’heure où L’Agefi célèbre son centenaire, le paysage de ses lecteurs demeure bien incertain. La première ambition de notre groupe sera, demain comme aujourd’hui, d’y apporter, grâce à l’ensemble de ses supports, la plus grande clarté possible.

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