PORTRAIT Laurence Méhaignerie, présidente de Citizen Capital

« Le secteur privé peut aussi participer à changer le monde »

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

On voit rarement des parcours atypiques dans le secteur financier ! », déplore Laurence Méhaignerie, présidente de Citizen Capital, un fonds de capital-développement à vocation sociale. Son parcours à elle a tout d’atypique dans un secteur du capital-investissement encore très largement masculin. Après des études universitaires, la fille de l’ancien député et ancien ministre se lance dans le journalisme, puis participe à la création d’une société de production de cinéma à Saint-Denis, pour ensuite revenir au journalisme comme freelance. En 2004, sa carrière prend un tournant lorsqu’elle rencontre Yazid Sabeg, le dirigeant de la société informatique Communication & Systèmes : « Il m’a proposé de rédiger un rapport pour l’institut Montaigne sur l’égalité des chances, commandé à l’initiative de Claude Bébéar. Nous partagions la conviction que la question de l’égalité souffrait d’une vision poussiéreuse, qui niait la diversité réelle de la société française. » A sa sortie, le rapport fait grand bruit. « Nous avons, je pense, introduit en France la notion de 'diversité' qui a permis un changement de paradigme important : il devenait possible pour une entreprise d’entrer dans une démarche de progrès sur des sujets jusque-là tabous, et de dire : on est mauvais mais on va progresser ! Notre étude a été l’une des plus diffusées ! » Après une expérience en 2005-2006 au sein du ministère délégué à la Promotion de l’égalité des chances, cette passionnée de musique (elle était membre d’un groupe féminin de « funk soul » à la fin de ses études) mène « un cheminement personnel ». « Je me suis rendue à l’évidence que l’action publique n’intervient que lentement et très tard, après maturation de l’opinion. Outre le fait que j’avais envie d’entreprendre à titre personnel, j’ai acquis la conviction que le secteur privé pouvait aussi participer à changer le monde ! L’entrepreneuriat est l’un des rares lieux où l’ascenseur social fonctionne, sous réserve que les PME aient des fonds propres suffisants et des partenaires impliqués à leurs côtés. » L’autre déclencheur a été la rencontre avec un spécialiste du LBO (leveraged buy-out) venant de Bridgepoint Capital, Pierre-Olivier Barennes, aujourd’hui directeur général de Citizen Capital. En 2008, la société se crée avec le soutien de CDC Entreprises, La Banque Postale et GCE Capital (groupe BPCE). Son credo : investir dans des sociétés de 1 à 20 millions d’euros dirigées par des profils atypiques (autodidactes, issus des minorités, de quartiers sensibles…) et/ou situées dans des zones difficiles. En 2012, le fonds a réalisé sa première sortie avec G2J, une société martiniquaise spécialisée dans la visioconférence. En trois ans, celle-ci a doublé son chiffre d’affaires et ses effectifs. « Dans une démarche de partage de la création de valeur, 10 % de la plus-value ont été rétrocédés aux salariés de G2J », se félicite la dirigeante.

A lire aussi