Rencontre avec... Augustin de Romanet, directeur général de la Caisse des dépôts, président du Club des investisseurs de long terme

« Le secteur des infrastructures est susceptible d’attirer les fonds souverains »

le 10/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Les fonds souverains se comportent-ils comme des investisseurs traditionnels ?

Les fonds souverains, dont la mission est de transmettre des réserves aux générations suivantes, appartiennent à une nouvelle catégorie d’investisseurs de long terme. Même si leur horizon de placement est plus long que celui d’autres institutionnels, fonds de pension ou assureurs, leurs investissements sont aussi dictés par des objectifs de rendement. Le temps dont ils disposent n’est pas un prétexte pour perdre de l’argent. Au contraire. En la matière, ils apprennent très vite. Le China Investment Corp (CIC) a tiré rapidement des leçons de ses premiers investissements dans le secteur financier américain… De fait, aujourd’hui, les fonds souverains étudient toutes les classes d’actifs sans exception afin de diversifier leurs positions. C’est d’ailleurs en raison de cette exigence qu’ils n’ont pas vocation à être majoritaires, ni à participer aux choix managériaux des entreprises dans lesquelles ils investissent, et ce contrairement aux idées reçues. De plus, au cours de ces trois dernières années, leurs investissements ont surtout concerné les régions du Sud.

Des actifs européens pourraient-ils les intéwresser ?

Ils pourraient être intéressés par l’Europe afin de diversifier leurs portefeuilles. L’un des secteurs susceptibles d’attirer leur attention, et qui leur permet, en y investissant, de se couvrir contre l’inflation à long terme est celui des infrastructures. Dans ce domaine, l’atout européen est de disposer d’un cadre juridique rigoureux et sécurisé. Ensuite, au cœur des réseaux des fonds souverains, notamment en tant que fondateur du Club des investisseurs de long terme, la Caisse des dépôts (CDC) est prête à y co-investir avec eux. Nous avons déjà noué plusieurs types de partenariats avec les fonds souverains, tel l’accord de coopération de mai 2009 entre le Fonds stratégique d’investissement (FSI) et Mubadala Development Company PJSC (Mubadala). Cette collaboration est très constructive car ce fonds d’Abu Dhabi est un acteur tourné vers l’industrie.

Qu’est-ce qui pourrait inciter les fonds souverains à signer les PRI (« principles for responsible investment ») ?

Je ne vois pas pourquoi les fonds souverains ne signeraient pas les PRI à l’instar des autres fonds de pension ou gestionnaires d’actifs. Si quelques-uns en prennent l’initiative, comme le Norges Bank Investment Management (NBIM), les autres suivront. Je remarque en tout cas que le forum de Santiago a été d’une efficacité redoutable. Dans les six mois qui ont suivi le lancement de ses travaux, au printemps 2008, les principes de bonne conduite et de transparence qui y ont été élaborés ont été adoptés.

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