Scor Global Investments veut percer dans la gestion pour compte de tiers

le 14/02/2013 L'AGEFI Hebdo

La branche de gestion d’actifs du réassureur table sur 1 à 2 milliards d’euros gérés pour compte de tiers dans un horizon de trois à cinq ans.

Scor Global Investments (GI) passe de l’ombre à la lumière. La filiale de gestion d’actifs du groupe Scor vient de se doter d’un site internet indépendant de celui de sa maison mère. Cette vitrine doit accompagner la croissance de la société qui a pris un virage audacieux : développer une activité pour compte de tiers. Une démarche atypique chez les réassureurs, Swiss Re s’étant désengagé de ce marché en 2008 tandis que Munich Re dispose d’une petite activité de gestion pour compte de tiers via une société qui gère essentiellement les actifs d’Ergo, sa filiale d’assurance en Allemagne. « Il n’y a pas de rupture par rapport à ce que nous avons réalisé ces dernières années en gestion d’actifs, estime pourtant François de Varenne, président du directoire de Scor GI. Nous nous inscrivons dans la continuité. »

La gestion d’actifs, longtemps considérée comme une fonction centrale de trésorerie, prend sa place dans la stratégie de Scor. Les acquisitions successives de Revios et Converium au milieu des années 2000 l’ont mené à centraliser la gestion de ses actifs. Créé à l’automne 2008, Scor GI avait alors pour mission de gérer exclusivement la politique d’investissement du réassureur. Depuis, la structure a fait du chemin. Troisième pilier du groupe aux côtés de la réassurance-vie et non-vie, la gestion d’actifs représente entre 500 et 600 millions d’euros de résultat avant impôt et gère aujourd’hui 13,5 milliards d’euros. « Dès l’origine, nous avions logé nos stratégies de gestion dans des fonds d’investissements, précise toutefois François de Varenne. Cette démarche nous a permis de construire un 'track-record' et de constituer une pépinière de fonds spécialisés, 100 % dédiés à Scor. Mais cela nous ouvrait aussi la possibilité, dans un second temps, de présenter et d’ouvrir ces fonds à des clients externes. »

Scor GI s'est ainsi lancé en 2012 à la conquête d’investisseurs externes. « La gestion pour compte de tiers doit permettre d’engranger des commissions sans avoir à mobiliser du capital en risque, indique François de Varenne. Elle nous permettra également de diminuer le point mort et le coût de la gestion interne de Scor. » Pour l’heure, les résultats sont encore modestes, la société ayant collecté un peu plus de 100 millions d’euros. « C’est une performance honorable sur un marché français de la gestion collective en baisse en 2012, ajoute-t-il. Aujourd’hui, nous pensons pouvoir bénéficier d’un effet accélérateur pour 2013. » Sans se fixer d’objectif démesuré, François de Varenne voit plus grand. « Si, à horizon de trois à cinq ans, je gère pour compte de tiers l’équivalent de 10 % des actifs du groupe Scor, soit entre 1 et 2 milliard d’euros, je serai ravi », lâche-t-il. A ce stade, l’activité se concentre sur l’Europe continentale. « Nous n’allons ni aux Etats-Unis ni au Royaume-Uni car ce sont des marchés très particuliers, souligne François de Varenne. Quant à l’Asie et le Moyen-Orient, ce sont des zones trop éloignées pour le moment. »

Quatre fonds ouverts

Refusant de se lancer à l’assaut des particuliers, un marché déjà fortement convoité, Scor GI cible en priorité les banques privées, les family offices et les grands investisseurs institutionnels. « Nous parlons à des investisseurs qui nous ressemblent », rapporte François de Varenne. Pour les séduire, la société compte aujourd’hui deux commerciaux - qui devraient être rejoints « par deux autres personnes dans deux ou trois mois », selon François de Varenne -, et a ouvert quatre fonds aux tiers avec des tickets d’entrée allant de 250.000 à 1 million d’euros. « Nous avons développé une stratégie d’investissement que je qualifie de beta non conventionnel, reposant sur une forte innovation sur des marchés à hautes barrières à l’entrée, confie François de Varenne. Ces quatre fonds ont déjà un excellent 'track-record'. En parallèle, nous continuons d’alimenter notre pépinière de fonds dont certains pourraient être commercialisés pour compte de tiers en 2014. » De fait, deux nouveaux fonds viennent d’obtenir leur agrément AMF et pourraient être ouverts au tiers en fonction de leurs track-records respectifs. Un élargissement de la gamme qui doit permettre à Scor GI de gagner ses galons de gérant pour compte de tiers.

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