Russell Investments ouvre une société de gestion à Paris

le 05/04/2012 L'AGEFI Hebdo

La succursale du gestionnaire américain va pouvoir fabriquer en France davantage de produits multiclasses d’actifs pour ses clients institutionnels.

Implanté en France depuis 1994, le multigérant Russell Investments a obtenu fin mars son agrément local. « Paris devient le deuxième centre de gestion du groupe en Europe après Londres, annonce Dominique Dorlipo qui prend la présidence de la nouvelle société de gestion (il était jusqu’à présent directeur général associé - DGA - du bureau de représentation parisien). Nous travaillons sur ce projet depuis près d’un an et demi. L’objectif est d’offrir à nos clients institutionnels un accès à ce qui se fait de mieux dans le groupe pour des solutions à forte valeur ajoutée, à travers par exemple des fonds communs de placement. » Pour ce type de produits, Russell devait déléguer sa gestion à une société tierce de droit français. Une solution devenue obsolète : « En raison de la crise financière, les clients ont besoin d’une gestion de proximité », estime Michaël Sfez, l’autre ancien DGA, devenu directeur général (DG) pour la France. Sur un marché en décollecte, Russell estime avoir une carte à jouer car « les [autres] acteurs internationaux sont plus axés sur la distribution de produits ouverts que sur l’apport de solutions », pointe le nouveau DG.

Deux multigérants

Pour décrocher son agrément, le bureau de Paris a recruté cet automne Alain Zeitouni, ancien directeur de la multigestion chez Barclays Wealth Managers France, et son collègue Alexandre Attal qui vient de le rejoindre. Il peut ainsi récupérer 250 millions d’euros qui étaient jusqu’à présent gérés par Russell à Londres. Au total, l’expertise multi-actifs du groupe compte 34 spécialistes à travers le monde et gère ou conseille 50 milliards de dollars (37 milliards d’euros, à fin mars). Son offre de fonds de mandats multiclasses d’actifs créés spécialement pour Russell par des gérants tiers, diffère des fonds de fonds proposés par Barclays (qui vient toutefois d’enregistrer en France des fonds de mandats monoclasses d’actifs). « Notre équipe profite non seulement de l’étendue des classes actifs couvertes par Russell (qui incluent l’immobilier, les matières premières, les infrastructures, les stratégies alternatives ou thématiques comme les dividendes), indique Dominique Dorlipo, mais aussi d’une vaste boîte à outils qui inclut des produits de couverture ou de gestion fine des expositions via des dérivés. Une technique qui permet des arbitrages instantanés donc moins coûteux en termes de performance. »

« Nos deux gérants vont pouvoir se concentrer sur la seule allocation d’actifs et la construction de portefeuilles en s’appuyant notamment sur l’expertise de nos 60 analystes (qui sélectionnent des gestionnaires à travers le monde, NDLR) », poursuit Michaël Sfez. Russell, filiale de l’assureur américain Northwestern Mutual, repose en effet sur cinq piliers : la sélection de gérants, la recherche sur les marchés de capitaux, la construction de portefeuilles, la conception d’indices et l’optimisation de la gestion de portefeuille (par exemple via la restructuration de portefeuille ou la gestion de cash résiduel). Pour faire le lien avec le groupe, « nous avons, depuis le mois dernier, un directeur des solutions clients, Jean-David Larson, venu du siège à Seattle », fait savoir Dominique Dorlipo.

Renfort commercial

La société française, qui s’appuie aussi sur quelques salariés basés à Londres, emploie neuf personnes, contre quatre seulement fin 2010. Elle a récemment accueilli un nouveau responsable des relations clients, Cédric Denais (ex-Edmond de Rothschild Asset Management), et Olivier Carenini (ex-Rothschild & Cie Gestion), directeur en charge du développement de la distribution. « Au-delà de notre relation historique avec des grands réseaux bancaires et d’assurance (principalement Société Générale et Crédit du Nord, NDLR), nous voulons continuer à développer nos partenariats, assure Michaël Sfez, malgré les contraintes de Bâle III qui favorise plutôt l’épargne de bilan (livrets, etc.) dans les banques.

Ce segment de clientèle représente un peu plus des deux tiers des 2,9 milliards d’euros d’encours de Russell en France (à fin février, pour une trentaine de clients). La décollecte - non chiffrée - de la distribution aurait été compensée par 200 millions d’euros de flux nets sur les institutionnels. Grâce à la gestion locale, « nous visons une vingtaine de nouveaux clients institutionnels d’ici à deux ou trois ans, pour des mandats ou fonds dédiés », anticipe Michaël Sfez, sans donner de prévisions d’encours. Il y a trois ans, au début de la crise financière, Russell annonçait vouloir doubler ses actifs en France d’ici à 2012. Ils atteignaient alors 4,8 milliards de dollars.

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