Royaume-Uni, la rigueur budgétaire au défi d’une croissance affaiblie

le 31/03/2011 L'AGEFI Hebdo

La révision à la baisse des prévisions de PIB réduit la marge de manœuvre du gouvernement de David Cameron.

Après la publication du budget d’urgence en juin dernier destiné à restaurer les finances publiques, celle du budget pour l’exercice 2011-2012 débutant en avril est quasiment apparue comme un non-événement. Fiscalement neutre selon les propres termes du chancelier de l’Echiquier George Osborne, la feuille de route, qui maintient le plan de rigueur lancé l’an dernier, s’est attachée pour cette année à réformer l’économie au travers notamment d’une taxation plus favorable pour les entreprises ; Londres s’étant fixé pour objectif d’avoir le système fiscal le plus compétitif du G20.

Toujours dans le collimateur du gouvernement, le secteur bancaire ne bénéficiera en revanche pas de ce coup de pouce fiscal : la taxe sur les bilans des banques - la bank levy - passera ainsi de 0,075 % à 0,078 %.

Bien qu’attendue, la mauvaise nouvelle est venue de la révision à la baisse des prévisions de croissance du Royaume-Uni pour cette année et l’an prochain, conséquence d’un dernier trimestre 2010 particulièrement atone au Royaume-Uni. L’OBR, l’organisme de surveillance du budget, rattaché au Trésor mais indépendant, table désormais sur une croissance de 1,7 % pour 2011 - soit encore 0,2 point de plus que les prévisions de l’Organisation de coopération et de développement économiques pour le Royaume-Uni - alors que ses précédentes prédictions en novembre faisaient état d’un pourcentage de 2,1 %.

Pour l’année prochaine, la croissance a aussi été revue à la baisse : 2,5 % contre une anticipation initiale de 2,6 %. La prévision pour 2013 a quant à elle été maintenue à 2,9 %, et celles pour les années suivantes ont été légèrement augmentées, à 2,9 % pour 2014 (contre 2,8 % attendu précédemment) et 2,8 % en 2015 (au lieu de 2,7 %).

Hausse des émissions de Gilts

Cette modification des perspectives de croissance a eu pour effet de relever les perspectives d’endettement du Royaume-Uni au cours des cinq prochaines années à hauteur de 43 milliards de livres supplémentaires. « Conséquence d’une croissance plus faible, la dette publique britannique en pourcentage de PIB va encore se dégrader pour atteindre 71 %, contre environ 60 % aujourd’hui, et ne va pas vraiment s’améliorer au cours des cinq prochaines années, estime Jim Leaviss, responsable de la gestion obligataire chez M&G Investments. Cela signifie aussi que les émissions de Gilts vont être plus importantes : au cours des quatre prochaines années, nous nous attendons à une émission de 70 milliards de Gilts supplémentaires. »

Le Debt Management Office (DMO), qui gère la dette britannique, a d’ores et déjà annoncé, le jour de la présentation du budget, des émissions nettes de Gilts de 169 milliards (+1,6 %) pour l’exercice 2011-2012, dont 34 % à court terme, 21 % à moyen terme, 22 % à long terme et 23 % indexées sur l’inflation.

Au-delà de l’impact sur les finances publiques, la révision de la croissance à la baisse remet en question la capacité du gouvernement britannique à atteindre ses objectifs d’élimination du déficit et de réduction de l’endettement au cours de la législature en cours. L’écart entre les prévisions de l’OBR et la réalité pourrait avoir des conséquences dommageables : « Notre plus grosse crainte réside dans la possibilité que les capacités de production soient moins importantes que ce que nous estimons, ce qui laisserait moins de place à la croissance économique et à la réduction des déficits », reconnaît l’OBR.

Ce dernier estime à 70 % les chances que les objectifs du gouvernement soient atteints, la probabilité d’une nouvelle augmentation des impôts et celle d’un durcissement des réductions de dépenses publiques restent toujours fortement d’actualité. Certains économistes s’interrogent aussi sur la capacité politique de David Cameron à mener à bien le plan de réductions drastiques de dépenses. La volonté du gouvernement britannique de continuer à privilégier son plan A pourrait ainsi se trouver très vite entravée par des perspectives économiques moins optimistes que prévu.

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