Le Royaume-Uni bute sur le financement des PME

le 20/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Les efforts de réindustrialisation achoppent sur une faiblesse des prêts bancaires consentis mais aussi sur une demande en berne de la part des entreprises.

Au Royaume-Uni, la nécessité de prêter aux PME est devenue au fil des mois le leitmotiv du gouvernement Cameron qui a fait du soutien de l’offre l’un des axes majeurs de sa législature. Récemment, le secrétaire d’Etat au commerce Vince Cable confirmait le lancement prochain d’une banque publique d’investissement, une business bank dont les modalités de fonctionnement restent à préciser. D’ores et déjà, les analystes évoquent le caractère limité de ce dispositif qui semble se contenter de centraliser sur un même site internet l’ensemble des initiatives de soutien au financement des PME lancées depuis ces deux dernières années.

Avec cette tentative désespérée de débloquer le financement des PME, le gouvernement britannique montre son intention d’associer les acteurs bancaires alternatifs - à l’image d’Aldermore ou encore de la banque suédoise Handelsbanken - à ce projet de banque publique. D’implantation récente, ces acteurs sont appelés à la rescousse pour soutenir l’offre des ténors du secteur bancaire, tiraillés entre la nécessité d’augmenter leurs fonds propres pour se conformer aux nouvelles règles prudentielles et celle de prêter aux entreprises pour relancer l’économie.

Bilan des mesures mitigé

« Cette situation de crise du financement des PME aura au moins permis de mettre au jour des initiatives aussi bien privées que publiques tout à fait innovantes », estime Ajay Bhalla, professeur à la Cass Business School. Le bilan des mesures reste en revanche plus mitigé. Ambitieux dans ses objectifs, le Projet Merlin, qui exhortait les cinq principales banques du pays à accorder 190 milliards de livres de nouveaux crédits aux entreprises en 2011 dont 76 milliards aux PME, n’aura ainsi pas suffi à relancer le crédit, provoquant même l’introduction d’une nouvelle initiative d’assouplissement du crédit (credit easing) fin novembre 2011.

En juin de cette année, la Banque d’Angleterre (BoE) et le Trésor ont dévoilé le Funding for Lending Scheme (FLS), un dispositif démarrant le 1er août et prévoyant que les établissements bancaires puissent emprunter pendant quatre ans jusqu’à l’équivalent de 5 % du montant actuel des crédits déjà financés auprès de la BoE, soit au total quelque 80 milliards de livres. Les banques participantes (HSBC n’a pas souhaité y prendre part) s’acquittent d’une commission annuelle de 0,25 % (lire ci-contre) et s'engagent en contrepartie à maintenir ou accroître les niveaux de prêts aux entreprises et aux particuliers. « Dans le contexte actuel, les bénéfices du dispositif du Funding for Lending sont difficiles à évaluer, explique Nathalie Dezeure, économiste auprès de Natixis. Ce dispositif ne pourra rencontrer de succès que si les perspectives de demande s’éclaircissent d’ici à la fin de ce programme, le 31 janvier 2014. »

La BoE dévoilera le 3 décembre prochain ses premières conclusions sur l'utilisation du dispositif : « Il faut sans doute s’attendre à ce que les banques profitent de cette publication pour montrer qu’elles prêtent davantage à leurs clients, surtout que cet événement sera salué par un examen minutieux de la part des médias et des politiques », estime Jason Napier, analyste chez Deutsche Bank.

Un cap maintenu

Mais ce projet, à l’image de ses prédécesseurs, ne semble pas régler le problème de la demande d’investissement des entreprises : « Pourquoi les PME britanniques, qui ont une capacité d’autofinancement élevée, auraient-elles besoin de prêts si elles n’ont pas l’intention d’investir ? », s’interroge Nathalie Dezeure. Or cette demande est restée erratique au cours des deux dernières années, en raison à la fois d’une économie en proie à la récession et des incertitudes liées à la crise de la zone euro. Le gouvernement britannique a lancé différents programmes de soutien aux travaux d’infrastructures, à l’image du UK Guarantee Scheme en juillet dernier dont l’objectif est de permettre la réalisation de travaux pour un montant d’environ 50 milliards de livres.

Or si l’effet de ces programmes ne pourra être évalué que sur le long terme, un soutien massif de la demande pourrait constituer un autre relais de croissance. « Improbable en l’état actuel des choses car cela irait à l’encontre des mesures prises par le gouvernement britannique depuis son arrivée au pouvoir en mai 2010 », juge Nathalie Dezeure. La confirmation de George Osborne au poste de chancelier de l’Echiquier britannique le 4 septembre dernier par David Cameron laisse supposer que le gouvernement ne changera pas d’orientation. Au risque de maintenir l'économie en état de crise. 

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