Dossier Agences de notation

Rothschild, courroie de transmission entre émetteurs et agences

le 30/08/2012 L'AGEFI Hebdo

Depuis trois ans, la banque d’affaires a fait du conseil en notation une activité à part entière au service des « corporates ».

Aider son client à obtenir de bonnes notes n’est pas l’apanage des organismes de soutien scolaire. Rothschild & Cie prépare de plus en plus d’entreprises à leur grand oral chez Moody’s, Standard & Poor’s (S&P) ou Fitch Ratings. « Ces trois dernières années, nous avons conseillé et conseillons environ une centaine de clients », avance Vincent Danjoux, associé-gérant de la banque d’affaires parisienne (lire l'encadré). « La notation est devenue stratégique compte tenu de la désintermédiation croissante des modes de financement et de l'importance grandissante de ceux nécessitant d’être notés (émissions obligataires..., NDLR), constate Anne-Laure Kiechel, gérante en charge de l’activité de conseil en notation. Elle est aussi vitale dans certaines situations opérationnelles, par exemple pour de grands groupes industriels dont les contrats sont à long terme », dans le bâtiment par exemple.

Le conseil en notation a acquis une certaine autonomie. « Pour nous, c’est un centre de profit, un conseil rémunéré en tant que tel qui ne sert pas à sécuriser des mandats d'émissions obligataires », assure Vincent Danjoux qui veut se démarquer des grandes banques d’investissement, régulièrement accusées d'être juge et partie des opérations de financement de leurs clients. Chez Rothschild, l’activité « est très souvent au cœur d’une mission plus large de conseil sur la structure du bilan, les meilleures options de financement, la communication financière… Et nous travaillons en symbiose avec les équipes du M&A (fusions et acquisitions, NDLR) », admet l’associé.

Pédagogie

Le conseil en financement et restructuration qu’il dirige a doublé de taille en trois ans pour atteindre 30 personnes. Parmi elles, « quatre ou cinq travaillent plus spécifiquement avec moi au sein d’un pôle d’expertise dédié à la notation, explique Anne-Laure Kiechel, arrivée en 2009 chez Rothschild. Mais tous les membres de l’équipe de 'financing advisory' (dette et actions) basée à Paris ont participé au minimum à l’exécution de trois mandats incluant des sujets de notation. Nous veillons à ce que cette équipe tourne régulièrement, tous les six à dix-huit mois en fonction du degré de 'séniorité' ».

Les bureaux européens du groupe profitent de l’expertise parisienne. « Nous accompagnons des 'corporates' français et sommes également très actifs dans la zone Emea (Europe, Moyen-Orient, Afrique, NDLR) auprès de 'corporates' espagnols, scandinaves ou russes, ainsi qu’auprès de quelques banques à l’étranger, détaille Anne-Laure Kiechel. Les institutions financières ont des équipes étoffées en charge du suivi de leur note, qui est vitale pour elles. Nous intervenons plutôt auprès de ces acteurs dans le cadre d’opérations de M&A ou de missions très spécifiques de méthodologie. »

Contrairement à son rival Lazard, Rothschild n’intervient pas auprès des Etats mais uniquement auprès des émetteurs privés, cotés ou non. « Les agences peuvent à première vue leur apparaître comme des boîtes noires dont les changements de notation et/ou de méthodologie ne sont parfois pas prévisibles, ce qui est évidemment faux, estime Anne-Laure Kiechel. Notre rôle est d’expliquer leur mode de fonctionnement et de faciliter le dialogue et les relations avec les émetteurs. » Avant de bâtir une histoire de crédit, « nous cherchons les cinq à dix points forts dans l’activité et le profil financier de l’entreprise, explique-t-elle. Nous organisons toujours une rencontre avec chacune des agences - même si nous pouvons parfois avoir une idée de(s) l’agence(s) la(les) plus réceptive(s) au profil de notre client - car les deux parties vont entamer une relation de plusieurs années où la confiance est clé ». Pour les notations inaugurales (30 % des missions), « le timing est important. Il ne faut pas se faire noter trop en amont, poursuit la banquière. Au préalable, il faut s’interroger sur la structure financière optimale au vu des activités et de la stratégie de l’entreprise, et dans certains cas la consolider pour améliorer la maturité de la dette ou la structure juridique ». Rothschild entend aussi se distinguer en « analysant les contraintes pesant sur l’entreprise : taille, diversité des activités, secteur peu couvert par les agences », énumère Vincent Danjoux. Etre un bon élève ne suffit pas toujours pour avoir de bonnes notes : les professeurs de Rothschild sont aussi là pour soigner la tactique de leurs clients.

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