Rome est en mesure de maîtriser son endettement public

le 21/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Le budget italien présente un solde primaire en excédent. La hausse de 100 points de base des taux à 10 ans alourdit la charge de la dette.

C’est au tour de l’Italie d’entrer de plain-pied dans la tourmente des dettes européennes périphériques et de connaître les affres de la panique des marchés financiers. La première quinzaine de juillet a vu les taux des titres à 10 ans italiens (BTP) augmenter de 100 points de base (pb) de 4,7 % à 5,7 %. L’écart de taux avec le Bund (spread) s’est creusé d’autant plus vite que le taux à 10 ans du titre allemand a baissé rapidement (flight-to-quality) de 3 % vers les 2,6 %. Comme à chaque étape de la crise, un nouveau titre européen a décalé sans revenir en arrière, laissant présager qu’à son tour, il est dans le collimateur des investisseurs. Tel est le cas du spread OAT-Bund qui a abandonné sa moyenne historique de 30 à 40 pb pour se hisser à 70 pb.

Un lourd héritage de laisser-aller

Avec la dette italienne, les intervenants de marché ont affaire à un poids lourd et changent de dimension par rapport à la dette grecque ou espagnole. Son encours total est de 1.900 milliards d’euros, dont 1.600 milliards sous forme de dette de marché. C’est la plus importante en volume de la zone euro et elle est d’ailleurs la première pondération de l’Iboxx Euro Gov Index avec 24 %, un point devant la France et deux devant l’Allemagne. Ces dernières années, l’Italie émettait 240 à 260 milliards d’obligations (dont environ 170 milliards de tombées), plus environ 210 milliards de bons à moins d’un an. Mais si les sommes à financer sont considérables, les émissions nettes (brutes - tombées) se réduisent et seront divisées par deux entre 2009 et 2012. Reste qu’une hausse de 100 pb du BTP représente sur le stock une bonne quinzaine de milliards d’euros de charge d’intérêts supplémentaires. De quoi inquiéter les investisseurs, notamment les non-résidents qui détiennent plus de la moitié des titres italiens (825 milliards selon Morgan Stanley).

Pourtant, les comptes publics italiens peuvent s’enorgueillir à ce jour d’un bilan plus flatteur que celui de bien des pays européens. Les agences de notation Fitch et Moody’s ont d’ailleurs cherché à calmer le jeu. Pour la première, la hausse des taux à 10 ans italien reflète « une crise de marché et non pas une détérioration des fondamentaux de crédit du souverain ». La seconde a constaté qu’« un grand nombre de titres ont une maturité longue, et même si les écarts de rendement se creusent, leur paiement est gérable ». L’Italie assume aujourd’hui un lourd héritage de laisser-aller qui a vu le ratio dette/ PIB passer de 40 % dans les années 70 à 120 % au milieu des années 90. Depuis, l’endettement de la péninsule s’est stabilisé entre 100 % et 120 % du PIB en dépit de la quasi-stagnation de l’activité économique. L’absence de croissance est au demeurant le sujet de préoccupation majeur des marchés financiers devant la fin de règne du président du Conseil Silvio Berlusconi. Mais le gouvernement italien possède des atouts. Le budget devrait accuser un déficit de 3,9 % cette année, une performance tout à fait convenable. Il a la particularité de dégager un solde primaire en excédent (1 % prévu cette année et 2 % en 2012). Et surtout, les parlementaires viennent d’adopter 48 milliards d’euros d’économies budgétaires. Les efforts réalisés pour maîtriser les finances publiques sont réels. Cela n’empêche pas le CDS (credit default swap) italien de se situer bien au-dessus de celui de la Bulgarie.

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