Centenaire de L'Agefi - Volet 7

Roland Dumas, carte de presse n°11410

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Grand avocat, député, plusieurs fois ministre, Roland Dumas a commencé sa carrière professionnelle à L’Agefi à la fin des années 40. « Je suis entré à L’Agefi le 1er septembre 1948 et j’en suis parti en 1956 après avoir été élu député pour la première fois », se souvient-il. Comment des études de droit l’ont-elles mené au journalisme ? Tout à fait par hasard. « A l’époque, raconte t-il, je préparais le Conservatoire... en même temps que je faisais du droit... et j’avais comme partenaire dans mon cours de chant une jeune femme qui était la secrétaire d’André Bollack. A ce moment-là, je rentrais d’Angleterre où j’avais passé deux ans et où j’avais appris l’anglais. Et cette jeune femme me disait : ‘Tu devrais chercher une situation. Est-ce que tu veux que je parle de toi à mon patron ?J’ai fait un petit CV qu’elle lui a fait passer. André Bollack m’a reçu dans son bureau. A un moment de notre entretien, André Bollack, qui était un type assez spontané, me dit : -‘Bon, très bien mais combien voulez-vous gagner ?’ -‘ 3.500 francs.‘ -’Mais vous n’y pensez pas’, me répond-il, ‘pourquoi avez-vous besoin de tant d’argent ?’ » Roland Dumas lui explique alors qu’il doit subvenir aux besoins de sa famille car son père a été fusillé par les Allemands juste avant la Libération. Sans doute ému par ce récit, André Bollack griffonne un morceau de papier et dit au jeune Dumas de passer à la caisse tout en lui annonçant : « Vous serez au service Etranger, vous traduirez l’anglais, l’espagnol et l’allemand… Continuez vos études et prenez votre temps. »

« On m’avait fait un horaire spécial, raconte Roland Dumas. Je venais le matin à 5 heures et demie, par le premier métro, pour traduire ce qu’on appelait les câbles qui venaient de nos correspondants. Ensuite, je prenais ma moto et j’allais au Palais où je commençais ma journée. »

De Robert Bollack, il a le souvenir d’un homme d’une puissance naturelle incroyable et à l’ascendant indiscuté. Il le décrit comme un homme « majestueux », un « prince » . Et il raconte comment sa « grosse bagnole » se rangeait tous les matins dans la cour du 108 rue de Richelieu : « Robert en descendait et s’engouffrait dans le grand escalier précédé d’un petit huissier qui aboyait : ‘Monsieur Robert est arrivé ! Monsieur Robert est arrivé !’ Tout le monde était alors averti que Monsieur Robert était dans la maison et qu’il fallait faire attention… »

« Par contraste, continue t-il, André Bollack avait un côté plus intellectuel. Il était gentil avec moi. Dans les conversations, il était de plain-pied avec moi et me donnait volontiers des conseils. » Un jour, André Bollack lui demande si cela lui plairait d’aller au Proche-Orient. « Alors il m’a envoyé en Irak au moment de la nationalisation du pétrole, en Iran où il y avait le docteur Mossadegh. Je suis allé en Egypte où il y avait le coup d’Etat contre le roi. J’ai vu Nasser. J’ai fait toutes les interviews à cette époque, Nasser, le général Néguib, en Iran, Mossadegh trois ou quatre fois. »

Elu député de la Haute-Vienne en janvier 1956, Roland Dumas quitta L’Agefi. Mais il lui resta fidèle longtemps. Plus tard, « j’ai continué à le lire. Au Conseil des ministres, il m’arrivait d’attaquer Bérégovoy sur les taux d’intérêt en me servant de ce que j’avais lu dans les colonnes de L’Agefi ! ».

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