La robustesse des Pays-Bas mise à l’épreuve par la crise européenne

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Le pays bénéficie de finances publiques saines et d’un excédent courant important. Très ouverte, son économie est pénalisée par l’essoufflement du commerce mondial.

Le Royaume des Pays-Bas fait des envieux au sein de la zone euro. Le pays est sorti indemne de la revue du 13 janvier de Standard & Poor’s en conservant son « AAA ». Quel est le secret de la réussite à cet examen de passage ? « La notation de l’agence témoigne de la capacité des Pays-Bas à expérimenter de bonnes politiques macroéconomiques, à être diversifiés, prospères et compétitifs », explique Peter Kaidusch, économiste de Natixis.

La confirmation de Standard & Poor’s traduit surtout « la solvabilité robuste de l’Etat néerlandais », estime Nicolas Forest, responsable de la stratégie taux de Dexia AM. Le déficit budgétaire, de 4,6 % du PIB en 2011, devrait baisser à 4,1 % cette année. La dette publique n’est que de 63 % du PIB environ, à comparer par exemple à 85,3 % pour la France. En outre, « le paiement des intérêts nets liés à la dette, inférieur à celui de l’Allemagne, est faible », remarque Nicolas Forest. Il est de 1,5 % du PIB seulement, quand, à titre de comparaison, celui de l’Italie revient à 4,5 % du PIB. Ensuite, le programme d’émissions de 2012 n’est pas très important. Il correspond à 14 % du PIB, par rapport à 20 % pour la France ou à 23 % pour l’Italie, selon Dexia AM.

Le « AAA » néerlandais s’est tout de même vu accoler une perspective négative. « L’agence a pris en compte le risque associé au secteur financier du pays », répond Nicolas Forest. Et pour cause, les ménages néerlandais sont très endettés. Les encours de crédit au secteur privé s’élèvent à 200 % du PIB, une proportion comparable à celle de l’Irlande et du Royaume-Uni. En 2011, la dette des ménages s’élevait à 160 % de leur revenu disponible brut, note Sophie Mametz, économiste chez Inter Expansion-Groupe Humanis, constatant « le maintien de la distribution des nouveaux crédits. La progression de leurs encours est constante, de 3 % en glissement annuel ».

Sur la défensive

Encouragée par la politique fiscale (les paiements d’intérêts hypothécaires sont déductibles de l’impôt sur le revenu), la dette immobilière rapportée au revenu disponible brut des ménages est aussi élevée qu’au Royaume-Uni. C’est pourquoi la baisse de plus en plus rapide des prix de l’immobilier résidentiel (un recul annuel de 4 % relevé par l’agence de statistiques Statistics Netherlands en décembre) inquiète les analystes. Près de six Néerlandais sur dix sont propriétaires de la maison dans laquelle ils vivent. « Le marché immobilier résidentiel exsangue pourrait peser sur l’humeur des consommateurs, anticipe Peter Kaidusch. Se sentant moins riches, ils vont contrôler leurs dépenses. » D’ores et déjà, la consommation décline depuis quelques mois. En novembre 2011, les dépenses de biens et services affichaient un repli de 1,2 % en un an, après un recul de 1,7 % en octobre.

L’autre explication de cette frilosité est la perte de confiance générale induite par les incertitudes entourant la résolution de la crise de la zone euro. Au troisième trimestre 2011, le PIB s’est contracté de 0,3 % par rapport au trimestre précédent, impacté par l’attentisme des consommateurs mais aussi, et surtout, par un fort déstockage de la part d’entreprises sur la défensive. Les Néerlandais sont extrêmement sensibles à la santé de leurs partenaires extérieurs, en particulier européens (voir le graphique) : 80 % du PIB des Pays-Bas est réalisé grâce aux exportations. A titre comparatif, l’export représente la moitié du PIB en Allemagne, 13 % au Japon. Le degré d’ouverture des Pays-Pays est donc très élevé. « Leur activité commerciale ne pourra se découpler du ralentissement du commerce mondial », prédit Peter Kaidusch, estimant cependant que « le commerce externe net néerlandais continuera de jouer son rôle de moteur, avec une contribution nette à la croissance de 0,5 % cette année ». En définitive, la croissance du PIB des Pays-Bas devrait tourner autour de 0,1 % en 2012.

Malgré ce coup de froid, le pays peut toutefois s’enorgueillir d’une balance courante régulièrement et largement excédentaire, représentant 8,3 % de son PIB, « grâce à un important excédent commercial de 7 % de son PIB », commente Sophie Mametz. Son emplacement géographique continue de lui procurer un avantage compétitif non négligeable. Rotterdam demeure le troisième plus grand port mondial de navires et le premier européen pour le transit de produits pétroliers. Les Pays-Bas n’abandonneront donc pas facilement leur place conquise en 2009 de numéro deux de l’Union européenne, juste derrière le Luxembourg, en termes de revenu par habitant.

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