L'avis de... Oliver Gajda, président de l'European Crowdfunding Network (ECN)

« Les risques restent limités par rapport à d’autres secteurs de la finance »

le 06/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Quel est le message que vous adressez aux autorités européennes ?

Le financement participatif permet de mobiliser de l’épargne du fait même de son modèle, parce que les gens peuvent choisir leurs investissements. Il y a 20 millions de PME en Europe et seulement 5.000 fonds de capital-risque. Cela laisse la place pour un modèle alternatif. C’est pourquoi la réaction de la Commission a été très positive, même si elle fait face à un dilemme politique lié aux risques de l’activité. Si l’on ne veut pas tuer le potentiel de ce modèle, il faut éviter que les autorités surréagissent.

Les risques liés à cette désintermédiation ne justifient-ils pas une action énergique des régulateurs ?

Bien sûr il y a des risques mais ils restent pour l’instant limités par rapport à d’autres secteurs de la finance. Les critiques des associations de consommateurs ne sont pas justes. Le problème réel vient de l’« illettrisme financier » des particuliers, tout comme pour le surendettement lié au crédit à la consommation. Par ailleurs, l’application de la réglementation peut être contre-productive comme dans le cas de cette PME autrichienne qui avait levé directement 3 millions d’euros auprès de ses clients, faute de financement bancaire. Parce qu’elle n’avait pas de licence bancaire, le régulateur l’a obligée à restructurer cet emprunt dans un fonds qui, lui, apporte un minimum de sécurité aux investisseurs.

Qu’attendez-vous à présent de Bruxelles ?

Pour l’instant, les plates-formes sont prises dans tout un tas de réglementations qui n’ont pas été conçues en tenant compte de notre modèle. Les Etats membres devraient mieux exploiter les marges de liberté dont elles disposent pour aménager un cadre plus favorable. Mais à cause des différences réglementaires, on ne peut pas transposer un modèle d’un pays à l’autre. Notre espoir est d’avoir un vrai marché unique européen. La Commission pourrait par exemple demander aux régulateurs d’adopter un seuil unique pour la directive prospectus. Ne refaisons pas l’erreur commise avec le capital-risque. Il avait été identifié il y a trente ans comme un secteur porteur. Mais l’Europe n’a créé un passeport pour ces fonds que l’an dernier. Le fait que le capital-risque soit sous-développé en Europe est en partie lié à cette défaillance réglementaire.

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