L'avis de... Pascal Devaux, économiste à BNP Paribas

« Le risque de surinvestissement est bien réel »

le 30/01/2014 L'AGEFI Hebdo

L’endettement croissant du Qatar est-il inquiétant ?

A court terme non, mais il est vrai que l’endettement de tous les agents économiques du Qatar a fortement progressé ces dernières années. La dette extérieure totale du pays (banques incluses) est passée de 80 milliards de dollars en 2009 à 174 milliards en 2013, soit 87 % du PIB. Ce ratio n’est pas encore inquiétant, cependant la dynamique d’endettement récente, d’une nature différente de celle qui prévalait il y a cinq ans, pose des questions. En 2008, 58 % de la dette extérieure non gouvernementale et non bancaire étaient contractées par des entreprises du secteur du GNL (gaz naturel liquéfié) – et par conséquent dédiée à des investissements porteurs – à comparer à seulement 30 % environ en 2012. Aujourd’hui, la dette extérieure sert à financer le développement de secteurs non énergétiques, la pétrochimie et surtout les services liés au commerce, aux secteurs bancaires et financiers, ou au tourisme. Or, dans ces domaines, la concurrence est très forte avec Dubaï, qui a pris beaucoup d’avance. Le risque de surinvestissement est donc bien réel. A moyen terme, la capacité de remboursement de certaines entreprises pourrait être remise en cause. Il est bien difficile de se faire une idée de la rentabilité future des grands conglomérats liés au gouvernement, tant les comptes sont opaques.

Quels seraient les amortisseurs en cas de surchauffe avérée ?

En cas de difficultés à rembourser la dette, les créanciers devraient pouvoir compter sur le soutien immédiat des autorités. Les finances publiques pourraient être mises à contribution. Elles sont alimentées à la fois par les revenus des entreprises pétrolières et gazières – reversés au fonds souverain et au gouvernement – et par une partie de la rente financière du fonds souverain. Elle participe désormais à près de 25 % des revenus de l’Etat. En revanche, tabler sur un recours intégral au fonds souverain est irréaliste. Ses actifs, l'équivalent d'environ 90 % du PIB, ne sont pas tous liquides. Le fonds peut avoir recours à l’endettement pour certaines de ses acquisitions. Par ailleurs quelques éléments réduisent la probabilité d’un risque d’accident de remboursement. L’échéancier de la dette externe est réparti sur le long terme, il n’y a pas de « mur de dette ».

La crise de la dette de 2009 de Dubaï est-elle soldée ?

L'héritage est lourd mais désormais supportable en termes de risque. L’Emirat doit faire face à une grosse échéance de 20 milliards de dollars cette année, due au gouvernement d’Abu Dhabi. Elle devrait être refinancée sans problème, sur fond de reprise économique et d’amélioration de la situation financière de certains conglomérats.

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