Dossier Gestion diversifiée

Le risque plus que jamais au centre des préoccupations

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Certains fonds le placent au cœur de leur processus de gestion flexible. D'autres ne l'utilisent que comme un outil d'analyse.

Les investisseurs regardent le risque de plus en plus près, à la fois en raison des chocs des marchés survenus depuis cinq ans, mais aussi des évolutions réglementaires et des modes de gouvernance en interne, constate Jean-Louis Nakamura, directeur des gestion d'allocation d'actifs de Lombard Odier Investment Managers. Leur horizon s'est raccourci : le long terme est désormais une succession de 'court terme'. Ils ne peuvent donc plus accepter un trop grand niveau de risque à court terme. » Les fonds flexibles, bénéficiant d'une grande liberté dans leur allocation d'actifs, sont les premiers concernés par cette préoccupation.

 « Il existe plusieurs approches de gestion diversifiée : l'approche basée sur des convictions fondées sur l'analyse fondamentale utilise les outils d’analyse de risque en appui des décisions de gestion et de la construction des portefeuilles, expose Françoise Rochette, responsable de l'allocation d'actifs d'Edmond de Rothschild Asset Management (EDRAM). C'est notamment l'approche d'EDRAM. Mais certaines gestions inversent le processus : ce sont les outils de suivi de risque qui induisent les décisions de gestion et qui pilotent la construction des portefeuilles. »

Pour ces produits construits autour de la notion de risque, les outils de mesure du risque sont nombreux : la volatilité, bien entendu, mais aussi la Value-at-Risk ou encore la notion de perte maximale (maximum drawdown).  « Nous concevons des processus d'investissement en fonction de l'objectif du client en termes de risque, et non pas, comme il était d'usage de le faire, en termes d'allocation d'actifs cible », indique Jean-Louis Nakamura. Il s'agit ensuite de construire un portefeuille suivant le concept de risk parity :  « Chaque classe d'actifs doit contribuer de façon identique à la volatilité du portefeuille. C'est à l'allocation de s'adapter dynamiquement pour que soit préservée la contrainte de risque, et non l'inverse comme c'est souvent le cas dans les processus de rebalancement classiques. » Ce type de modèle nécessite un suivi quotidien des indicateurs de risque pour rééquilibrer le portefeuille en cas de déviation. Lombard Odier propose ce type de processus depuis trois ans à des clients institutionnels sous mandats en Suisse, et a lancé un fonds Ucits sur ce concept en début d'année, qui est en cours d'agrément par l'Autorité des marchés financiers.

Corrélation des actifs

Les gérants ne plaçant pas l'approche par le risque au centre de leur processus utilisent cependant les mêmes outils. « Au-delà de la volatilité, nous sommes très attentifs à la corrélation des différents actifs entre eux, confie Françoise Rochette. Car en situation de stress, tous les actifs risqués ont tendance à se recorréler, ce qui remet en cause le comportement attendu du portefeuille. » Si la gestion des risques n'est pas au centre de l'approche d'EDRAM en matière d'allocation d'actifs, l'équipe de Françoise Rochette est cependant parfois amenée à inclure des contraintes de drawdown dans les mandats de certains clients institutionnels.  » La demande de fonds à contrainte de 'maximum drawdown' a augmenté depuis l'été 2010 en raison de la succession des crises », souligne-t-elle. Les investisseurs expriment ainsi une perte maximale en pourcentage sur un semestre ou une année civile. Le portefeuille est initialement calibré en fonction de cette contrainte, dont le respect est ensuite vérifié quotidiennement via des stress tests (tests de résistance). « Notre service de contrôle des risques calcule quotidiennement la réaction du portefeuille aux quatre ou cinq plus grandes crises de ces vingt dernières années, explique Françoise Rochette. Cela permet de vérifier que le fonds reste, même dans les situations les plus extrêmes, en conformité avec l'objectif de 'maximum drawdown' donné par le client. »

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