L'avis de... René Defossez, stratégiste taux de Natixis

« Le risque d’inflation ne se matérialisera pas avant plusieurs années »

le 17/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Quelles sont les conséquences pour les investisseurs d’indices de prix plus élevés que prévu ?

Nous vivons dans un monde très particulier. Le marché de l’inflation vit avec une courbe des taux négative en termes réels pour les principaux pays. En Allemagne, la courbe des taux jusqu’au titre d’Etat à 10 ans, le Bund, se positionne intégralement sous l’inflation. C’est aussi le cas aux Etats-Unis jusqu’à la maturité 15 ans et au Royaume-Uni où les taux réels sont nettement négatifs depuis deux ans. Ils sont même nuls pour le segment 20-30 ans. Outre-Manche, la Banque d’Angleterre et le consensus des économistes ont de nouveau reporté le retour à une hausse de l’indice des prix à 2 %, cette fois au début de 2013. Aux Etats-Unis, le Trésor a dû imposer un coupon plancher de 0,125 % pour ses émissions de Tips, les obligations indexées sur l’inflation, dans le but d’éviter des coupons négatifs.

Que disent les anticipations d’inflation sur les marchés financiers ?

Les points morts d’inflation en Europe, les breakevens, tablent sur une hausse des prix de 1,8 %. Et si l’on prend la courbe des breakevens de 2 à 10 ans, elle est plate en zone euro comme au Royaume-Uni. Il n’existe aucun risque de nature inflationniste inscrit dans les prix. Les investisseurs ne croient pas à l’inflation dans la mesure où le contexte à court et moyen terme est nettement déflationniste vu le deleveraging généralisé à l’œuvre dans les économies occidentales. Dans leur esprit, l’inflation deviendra un risque le jour où les banques centrales auront à mettre en œuvre leurs stratégies de sortie de leurs politiques non conventionnelles consistant à octroyer sans limites les liquidités nécessaires à la stabilité financière, leur seconde mission qui a évidemment pris une grande importance avec la crise. Si ces politiques échouent ou si elles s’y prennent trop tard, les investisseurs craignent un risque d’inflation par les prix d’actifs. Mais un tel risque ne se matérialisera pas avant plusieurs années.

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