Richard Weiss soutient la titrisation utile avec Groupe GTI

le 23/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Le suivi des risques va de pair avec des montages innovants, y compris, dans un avenir proche, sur les créances clients des petites entreprises.

Le sourire facile de Richard Weiss devient un brin ironique quand il évoque le regain de faveur dont bénéficie depuis peu la titrisation. De fait, jamais les atteintes portées par la crise à cette technique de transfert de risques n’ont ébranlé ses convictions, et sa société, Groupe GTI, qui s’active exclusivement sur ce thème, a tenu bon toutes ces années passées. « 

Depuis 2007, nous faisons le dos rond face à l’assaut de critiques – le plus souvent injustifiées – dont la titrisation a fait l’objet, particulièrement en France,annonce d’emblée Richard Weiss. Et nous avons travaillé à expliquer qu’il n’existe pas d’alternative à ce mode de financement intermédié non bancaire. »

Pour cette délicate entreprise de pédagogie, Richard Weiss a mis à profit auprès des autorités et des investisseurs un savoir économique acquis à la célèbre Sloan School of Management, au Massachusetts Institute of Technology, puis comme assistant auprès de Franco Modigliani. « La fonction première des banques est le recueil des dépôts et la gestion des moyens de paiement ; elles ne devraient pas être les seuls acteurs de l’intermédiation sauf à induire une concentration excessive, génératrice de crises et de risques graves vis-à-vis des dépôts de la clientèle », avance-t-il. Récemment, Charles Cornut est venu lui prêter main-forte : cet ex-président du directoire du fonds de garantie des dépôts planche deux demi-journées par semaine avec lui à la réouverture du marché. « Par amitié pour Richard Weiss et intérêt pour son esprit imaginatif, la maîtrise de son métier et la qualité de l'équipe, je le conseille sur la meilleure façon de diffuser un discours positif sur la titrisation,indique Charles Cornut.Quand elle est claire et fondée sur des actifs réels, il s’agit d’une technique très utile. »

Rien ne vaut tant que prêcher par l’exemple. Groupe GTI peut mettre en avant ses propres opérations pour démontrer le potentiel de la titrisation : polytechnicien, son fondateur a fait assaut d’avancées conceptuelles pour l’imposer en France dès 1991 et se montrer précurseur en titrisation de prêts immobiliers. Les développements du groupe ont été émaillés d’opérations innovantes comme la titrisation de prêts 1 % logement, celle des paiements des bureaux de tabac à Altadis (ex-Seita), celle des créances d’une cible de LBO (leveraged buy-out) pour BSN Glaspack… Le portefeuille de clients compte de grands noms comme le Crédit Foncier de France, Alstom, CMA-CGM… Actuellement, il comprend 12 opérations pour un encours de 1,9 milliard d’euros, essentiellement des titrisations de créances commerciales.

Analyse historique des portefeuilles

La créativité est alliée à une démarche solide de suivi des risques. « Groupe GTI est le seul acteur historique qui effectue à la fois l'arrangement, la structuration et la gestion des opérations de titrisation, ce qui nous permet une connaissance du risque et son suivi de bout en bout », résume Eric Labrousse, directeur financier et directeur des opérations du groupe. En pratique, le portefeuille de créances clients d’une société est analysé sur un historique de trois à cinq ans, en tenant compte de tous les éléments de la vie d’une créance individuelle, comme les retards, les défauts de paiement…. « Sur la base de cette analyse historique, nous définissons des normes de fonctionnement et lorsque nous acquérons de nouvelles factures, nous faisons intervenir ces paramètres et constatons ainsi très vite si le comportement des créances s'éloigne des normes et si l'évolution est négative, explique Eric Labrousse.C’est l’une des clés de notre compétence sur les créances commerciales. »

L’expertise repose sur un outil informatique puissantt, une opération pouvant demander l’analyse quotidienne de 700.000 à 800.000 factures. Matériel et compétences informatiques sont détenus en interne, avec de nombreux serveurs dédiés aux tâches de traitement des bases de données, de calculs et de rapports aux parties prenantes. Le progiciel des fonds a été développé par Groupe GTI et les données sont répliquées en temps réel sur des serveurs extérieurs, avec deux niveaux de sauvegarde.

Projets pour 2014

Groupe GTI se lance sans délai dans le marché qui s’ouvre en France en titrisation de prêts aux entreprises. Mais là encore, Richard Weiss compte emprunter une voie novatrice. « Les initiatives se concentrent sur un petit segment d’entreprises, dont les noms et les risques sont bien repérés, constate-t-il. Or il faut aussi et surtout faciliter le financement des PME de bien plus petite taille, créatrices d'emplois. » Lui envisage de refinancer leur poste clients avec des créances démarrant à 300.000 euros. Une cinquantaine d’entreprises viendraient apporter leurs créances dans un fonds d’une centaine de millions d’euros. « Il n’existe pas vraiment d’offre et il faut familiariser les investisseurs à cette nouvelle classe d’actifs,précise Philippe Giraud, chargé des relations avec les investisseurs. Le projet doit être lancé au premier semestre 2014, avec un fonds émetteur d’obligations à moyen terme et un autre constituant un placement de trésorerie. » L’équipe est en cours de renforcement dans cette perspective. Le service back-office et informatique, de quatre personnes, envisage un recrutement supplémentaire. Celui des relations avec les clients et les investisseurs, de quatre personnes également, va s’étoffer d’un ou deux seniors. Les effectifs passent ainsi d’une douzaine de salariés à 17 ou 18 en 2014.

La société est donc prête à se développer même si elle a vu lui échapper le mandat récemment attribué pour gérer la titrisation de place des prêts bancaires aux entreprises. De toute facçon, Richard Weiss s'interroge sur les vraies raisons qui poussent des banques de cette taille à se regrouper pour titriser ce qui pourrait l’être sur base individuelle. « Chercherait-on une masse de conviction accrue vis-à-vis de la Banque centrale européenne ? », questionne-t-il.

Très rapidement, Groupe GTI compte bien tirer parti du retour en grâce de la titrisation, illustré par le décret d’août dernier sur les investissements des assureurs. « Il s’agit d’un pas politique important, marquant une approche plus positive des mécanismes de titrisation,indique Charles Cornut.En limitant les nouveaux investissements des assureurs à des titrisations non tranchées, la réglementation d’août illustre toutefois une vue sommaire du financement de l’économie. »Un contexte meilleur, donc, mais encore délicat, où le tour d’esprit à la fois optimiste et critique de Richard Weiss sera utile pour emporter l’adhésion des investisseurs. Celle de son équipe, c’est sûr, lui est déjà acquise !

Son parcours

Richard Weiss,

62 ans

Ecole Polytechnique Paris, 1972. MIT (Massachussetts Institute of Technology) Sloan, 1977.

1978 :

McKinsey & Company, Paris et New York, consultant.

1983 :

Lepercq, de Neuflize & Co. Inc. : structuration des premières titrisations de type RMBS et ABS.

1988 :

président de Financial Products and Services: création de RMBS sur mesure pour des fonds de pension publics.

1991 :

création de Groupe GTI, arrangeur indépendant et gestionnaire de titrisation.

1998 :

structuration de la première titrisation de créances commerciales. Depuis 2008, Richard Weiss s’implique dans

la défense de la titrisation en tant que mode de financement alternatif et indispensable.

A lire aussi