RHJ International cherche sa place parmi les fleurons de la banque privée

le 24/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Les difficultés rencontrées pendant cette transition font toutefois de ce fonds belge une possible proie pour ses concurrents.

C’est l’histoire du homard qui vient de finir sa mue et qui doit vite grossir et se refaire une carapace pour ne pas être mangé. Leonhard Fischer, le président de RHJ International, qui a publié des résultats 2011 en légère perte, est en passe de réaliser son pari : transformer un conglomérat de participations dans des groupes industriels japonais en société financière centrée sur la banque privée en Europe. « Nous continuons à progresser vers un groupe de services financiers dynamique », expliquait récemment aux analystes l’ancien patron de Credit Suisse (lire l’encadré). Mais le groupe traverse pour l’instant une zone délicate.

Après des cessions en série, dont la dernière, Asahi Tec, doit lui rapporter 142 millions d’euros, la holding belge se retrouve assise sur un énorme coussin de liquidités inemployées. Les actifs industriels ne représentent plus que 8 % du bilan, le reste étant constitué de participations financières (340 millions d’euros), essentiellement la filiale à 100 % Kleinwort Benson, rachetée en 2010, et de liquidités (280 millions). Cette manne est réservée, en principe, au rachat d’un autre fleuron bancaire allemand, BHF, implantée sur le marché de ces grandes PME allemandes qui génèrent de belles fortunes, pour environ 500 millions. Cet automne, RHJ a toutefois perdu l’exclusivité dans les négociations avec l’actuel actionnaire Deutsche Bank, et depuis, un voile de mystère plane sur l’opération. A Francfort, on dément le dépôt d’un dossier auprès de la BaFin, le superviseur national, mais les spéculations sur les difficultés de financement de BHF une fois sortie du giron de Deutsche Bank vont bon train. « Il existe un risque assez élevé que le ‘deal’ soit bloqué », compte tenu des réserves du régulateur, estime Matthias De Wit, analyste actions chez Petercam à Bruxelles.

L’inconnue BHF

C’est que RHJ International garde un statut hybride. Elle reste formellement une holding tout en concourant, grâce à Kleinwort Benson, avec les champions européens de la banque privée et de la gestion de fortune. Sur ce terrain, elle affiche une capitalisation hors pair, avec les 22 % de fonds propres durs de Kleinwort Benson (contre 20 % pour Julius Baer), mais la structure du groupe et celle de son fleuron bancaire ne sont pas optimales, d’où des résultats financiers moyens. En 2011, le groupe affiche une nouvelle perte de 81 millions qui s’explique largement par les coûts de restructuration. Pour amortir les frais élevés de la holding, il faut croître. D’où l’importance de l’opération BHF, une « opportunité rare » parce que « ni trop grande, ni trop petite », juge toutefois Jan Willem Weidema, analyste action chez ABN Amro, Amsterdam.

Pour améliorer sa profitabilité, le groupe doit « augmenter les actifs sous gestion » de ses participations financières, dit-il. Kleinwort Benson a recruté sept banquiers privés l’an dernier et racheté un family office britannique. Mais son rapport coût/revenu, à 98 %, reste très au-dessus de la moyenne européenne (71 %), note ABN Amro. En cause notamment, le management qui affiche des rémunérations « au-dessus de la normale dans la banque privée » même s’il est « de haut niveau », indique Matthias De Wit, analyste actions chez Petercam à Bruxelles. Le fait que la rémunération variable n’est pas liée à la performance de Kleinwort Benson « n’est pas optimal à nos yeux », relève Jan Willem Weidema.

Croître ou être mangé, tel est le dilemme du groupe dont le flottant atteint 49 % du capital, le reste étant détenu par des fonds. Parmi les éventuels prédateurs intéressés par « d’importantes opportunités d’amélioration du rapport coût/revenu », l’analyste cite Precision Capital, récent acquéreur de KBL, Julius Baer, ou encore le groupe Safra.

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