La retraite envisagée comme un âge d'or angoissant

le 07/03/2013 L'AGEFI Hebdo

L'espérance de vie des Français après 60 ans est de 19 ans, la durée de leur épargne de 9 années.

Un âge d’or angoissant. C’est la vision fantasmée que les Français ont de leur retraite, une période de la vie qui se prête au rêve et à l’accomplissement de soi tout autant qu’au malaise intérieur et aux craintes. Le temps libéré du travail autorise des attentes et des réalisations d’une vie nouvelle comme faire des voyages, prendre de nombreuses vacances, se lancer dans le bénévolat ou le sport. Mais ce temps libre est parallèlement source de cauchemars, tels qu’une fin d’existence vouée à des problèmes de santé ou d’importantes difficultés financières, indique une étude sur les retraites réalisée par HSBC (lire l’encadré).

« Arrivés au stade de la retraite, les individus ne sont plus pris en main comme ils l’ont été tout au long de leur existence, explique Serge Guérin, sociologue. Avec la perte d’identité professionnelle, il n’y a plus de corset social. Or 50 % des liens sociaux sont liés à l’emploi. Les angoisses sont une forme d’anticipation de ce désinvestissement social qui va créer de l’inconnu et parfois même un grand vide. » Une Française sur deux craint, par exemple, pour son niveau de vie futur et redoute de ne pas pouvoir se chauffer et se nourrir correctement pendant la retraite (35 % chez les hommes). Elles sont 42 % à considérer que leur état de santé pâtira de leur manque de préparation (20 % pour les hommes). La Française serait-elle plus lucide que le Français ? On peut le croire. L’étude souligne plusieurs décalages entre la perception que se font les futurs retraités et la réalité, fait valoir Jean-Pierre Wiedmer, président de HSBC Assurances : « Il y a un décalage entre le revenu idéal des ménages (26.000 euros par an pour vivre une retraite confortable) et le revenu médian d’un ménage de retraités qui, aujourd’hui, est de 18.370 euros. »

Mauvaise préparation

Il existe surtout un écart important entre l’espérance de vie après 60 ans qui est de 19 ans en moyenne et l’espérance de vie de leur épargne qui est de 9 années. « Les Français savent qu’ils survivront à leur épargne », explique Jean-Pierre Wiedmer. De là vient peut-être une des origines du mal-être face à la retraite : le manque de préparation financière. Plus d’un sur trois n’épargne pas du tout pour sa retraite (voir le graphique). Attention, car des revenus élevés dans la vie active ne sont pas forcément synonymes de retraite épanouie, explique Serge Guérin. « D’une part, les revenus modestes sont plus rectilignes. Ils perdent 20 % de pouvoir d’achat avec la retraite, quand les cadres moyens ou supérieurs du secteur privé peuvent en perdre la moitié en plus de la disparition d’une fonction sociale forte. » L’étude souligne que plus de 80 % des Français souhaitent un revenu pour leurs vieux jours égal à plus des quatre cinquièmes de leurs revenus d’activités.

Quoi qu’il en soit, la volonté d’épargner des Français est avant tout motivée par le souci de parer à un coup dur pour 49 %, puis de financer les vacances (35 %) et de préparer sa retraite (34 %). Ce constat est logique avec le fait qu’ils comptent sur l’Etat-providence (retraites par répartition) pour financer leur pension : une majorité de 44 % contre 15 % pour la moyenne Monde. Leur confiance peut toutefois s’effriter au gré des réformes à répétition, des annonces politiques et de la publicité qui entoure les débats sur la manière de combler le déficit du système de retraite. Le pourcentage des Français affichant sa confiance dans le système par répartition était moitié moindre (22 %) en 2011.

Le document de HSBC n’intègre pas l’achat d’un bien immobilier comme un acte de préparation. Au contraire, il indique même que 25 % des sondés affirment que l’achat d’une maison a un impact négatif sur leur capacité à épargner pour leur retraite. L’épargne longue ne constitue pas non plus une préoccupation essentielle des Français. Après les pensions du régime public, leurs faveurs pour financer leur retraite vont aux comptes sur livret pour 33 % d’entre eux, devant l’assurance-vie (27 %). Le fait qu’à peu près chaque Français dispose d’un Livret A quand la moitié a souscrit un contrat d’assurance-vie, explique sans doute cette préférence. Le Perp*, le Perco**, les revenus locatifs et... les revenus du conjoint sont aussi de bons outils d’anticipation pour 10 % à 15 % des actifs. La retraite entre rêve et cauchemar.

*Plan d’épargne retraite populaire.

**Plan d’épargne retraite collectif.

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