L'invité de L'Agefi

Le retour des fusions-acquisitions, embellie ou nouveau cycle ?

le 22/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Si les premières tendances sont encourageantes, la pérennité du mouvement n’est pas encore certaine.

Par Alain Demarolle, fondateur et gérant d'Alura Capital Partners

La publication des résultats 2011 des entreprises européennes amène à un triple constat : des résultats opérationnels très résilients, une incertitude marquée sur les perspectives 2012 et une situation financière particulièrement solide. Que vont faire les entreprises de ces liquidités, par ailleurs rémunérées à un taux quasiment nul, au-delà du recours au rachat d’actions et à l’augmentation des dividendes, largement pratiqués ces dernières années ? Dans un contexte où l’on peut espérer, avec le règlement de la crise grecque, la sortie de la crise financière, mais marqué par une croissance au mieux atone, la contraction de la dépense publique et le renforcement de la pression fiscale, les opérations de fusions-acquisitions sont le principal - voire le seul - gisement de croissance des entreprises européennes.

Après une année 2011 particulièrement décevante, où la part de l’Europe dans les opérations de fusions-acquisitions a atteint son plus bas niveau depuis 1998, le début de l’année 2012 marque une nette reprise de la consolidation avec plusieurs opérations emblématiques : approches d'UPS sur TNT, de Vodafone sur Cable & Wireless ou encore offre de rachat de Xsatra par Glencore.

Ces opérations mêlent classique et innovation. Le classique : les rachats de minoritaires (rachat d’Edison par EDF, de l’opérateur égyptien Mobinil par Orange ou encore de Xsatra par Glencore). D’autres opérations pourraient suivre telles que le rachat de RTL par Bertelsmann, déjà entrepris à deux reprises. Et l’innovation, au moins en Europe : l’importance des cessions d’actifs contraintes, pour les institutions financières (cession de Silic par Groupama ou d’une participation dans Klépierre par BNP Paribas) mais plus encore pour les Etats. Ainsi le Portugal a-t-il dû, dans le cadre des accords conclus avec la troïka FMI-UE-BCE, céder sa participation dans EDP, l’électricien national, au chinois Three Gorges. Il est d’ailleurs permis de s’interroger sur l’avenir des stratégies de protection des champions nationaux cotés dans ce contexte : pour contrer l’entrée de deux concurrents brésiliens et acquéreurs potentiels, le gouvernement portugais avait poussé en 2009 à l’entrée d’investisseurs nationaux au capital de Cimpor, le cimentier portugais. A-t-il encore les moyens financiers d’une telle stratégie ? Parions que d’autres cessions et prises de contrôle suivront dans tous les pays européens sous forte contrainte budgétaire.

Mais contrairement aux opérations de 2011, les fusions-acquisitions de ce début d’année donnent lieu à de véritables compétitions et surenchères entre acheteurs potentiels. Ce retour, synonyme de primes de contrôle élevées sur les cours de Bourse des cibles, résulte de trois éléments : des approches opportunistes d’acheteurs industriels qui, dans le cas de TNT Express comme de Cable & Wireless, interviennent alors que le cours est proche de son plus bas historique ; la présence d’acheteurs européens, mais aussi extra-européens, qu’ils soient américains (UPS) ou issus des nouvelles puissances émergentes, l’Inde (Tata pour Cable & Wireless), la Thaïlande (PTT pour le pétrolier Cove Energy) ou chinois ; enfin l’activité de fonds de private equity principalement américains, qui bénéficient de l’accès au financement plus aisé outre-Atlantique pour entrer en compétition face à des acheteurs industriels, comme pour le rachat du fabricant de logiciels Misys.

Quels sont les indicateurs qui permettront d’établir, au-delà de ces premières tendances encourageantes, la pérennité d’un nouveau cycle de fusions-acquisitions ? Outre, bien sûr, le maintien de conditions financières accommodantes et l’absence de nouveau choc systémique, citons-en trois. Le retour de la prime de marché aux acheteurs alors que les investisseurs tendent encore à sanctionner les sociétés affichant des projets d’acquisition. Les offres d’achat non sollicitées par la société cible, même si les approches se font encore sur une base de soutien, ou du moins de neutralité du management de la société cible. Et l’activisme des actionnaires : alors qu’aux Etats-Unis, des sociétés telles que Yahoo! ou Hartford Financial voient leur stratégie contestée par des actionnaires aussi reconnus que Daniel Loeb ou John Paulson, l’Europe a peu ou pas connu de situations de ce type ces dernières années, à l’exception en France du Groupe Lagardère.

Gageons que si la récente embellie se confirme, nous revivrons très vite le temps des primes aux sociétés qui osent acheter, avec ou sans l’accord de leur cible, et des actionnaires actifs et impliqués dans les stratégies de consolidation !

A lire aussi