Retour aux fondamentaux pour les matières premières

le 16/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Les cours pourraient globalement se stabiliser cette année, voire rebondir pour certains produits.

Production de cuivre en Allemagne. Un marché qui devrait rester stable. Krisztian Bocsi/Bloomberg

Les prix des matières premières ont diminué pour la troisième année consécutive en 2013, entraînés notamment par la chute de l'or, les inquiétudes sur la croissance économique chinoise et la hausse de la production. Le Dow Jones-UBS Commodity Index a baissé de 9,56 %, après 1,14 % en 2012 et 13,37 % en 2011. Les investisseurs estiment que le risque extrême (tail risk) le plus important est un atterrissage brutal de la Chine et un effondrement des cours des matières premières devant une nouvelle crise souveraine et bancaire en Europe, selon un sondage de Bank of America Merrill Lynch réalisé en décembre. Leur exposition à cette classe d'actifs est très faible (le pourcentage net de ceux qui la sous-pondèrent est de 31), et certains analystes annoncent sans détour la fin du supercycle des années 2000.

Cela dit, l'année 2013 a aussi été marquée par une baisse de la volatilité et de la corrélation des matières premières entre elles et avec les autres classes d'actifs, et donc par un plus grand rôle joué par leurs fondamentaux. « Après la crise de 2008, il y avait une corrélation très importante entre toutes les classes d'actifs, rappelle Jesper Dannesboe, stratégiste cross commodity chez Société Générale CIB. Aujourd'hui, avec la normalisation des marchés financiers en cours, les matières premières se négocient davantage en fonction de l'offre et de la demande et apportent à nouveau une diversification. Les investisseurs qui les sous-pondèrent devraient réfléchir à les prendre davantage en considération. » Certains commencent à revenir. Si l'on exclut les ETP (exchange-traded products) sur les métaux précieux, les flux d'investissements sur les matières premières se sont élevés à 2,4 milliards de dollars de janvier à novembre 2013, selon les analystes de Barclays.

Sortis du marché

Pourtant, de nombreux acteurs financiers, comme des banques et des hedge funds, sont sortis de ces marchés en raison de mauvais rendements et de la réglementation. « C'est précisément ce qu'un investisseur souhaite voir, d'autres acteurs devenir extrêmement pessimistes », souligne Jesper Dannesboe. Après Crédit Agricole et UBS en 2012, Barclays, JPMorgan, Morgan Stanley, Deutsche Bank et Bank of America Merrill Lynch ont mis fin, ou cherchent à le faire, à tout ou partie de leurs activités de matières premières. Les dix plus grandes banques d'investissement pourraient voir leur chiffre d'affaires tiré de ces marchés baisser de 14 % en 2013, à 4,7 milliards de dollars, selon la société d'analyse Coalition. Les hedge funds focalisés sur cette classe d'actifs, eux, ont enregistré une performance négative (de 5,71 %) pour la troisième année consécutive, selon Hedge Fund Research.

Les analystes prévoient des cours globalement stables en 2014, voire en hausse en fin d'année (voir le graphique). « La demande mondiale se reprend et la hausse de la production de certaines matières premières est déjà largement intégrée dans les prix, indique Jesper Dannesboe. Je ne crois pas à la fin du supercycle. La Chine consomme 2,7 barils de pétrole par personne et par jour, les Etats-Unis, 22, la Corée du Sud et Taïwan, 16. Si vous croyez que la Chine va suivre la trajectoire de ces pays, il y aura une énorme hausse de la demande de pétrole. »

Sur 19 marchés passés au crible, les stratégistes de Standard Chartered en voient huit stables (Brent, cuivre, nickel, étain, or, argent, maïs, cacao) et onze en hausse (charbon, aluminium, plomb, zinc, palladium, platine, soja, blé, café, sucre, cotton) au cours des six prochains mois. Selon les analystes de Barclays, les dynamiques d'offre devraient être un « facteur clé de différenciation ». C’est justement en raison de l’augmentation des récoltes, encouragée par les prix très élevées de ces dernières années, que les stratégistes de Rabobank anticipent un recul de la plupart des matières premières agricoles, à l’exception du sucre et du cacao.

Même si l’offre et la demande jouent un plus grand rôle sur ces marchés, il reste des facteurs globaux qui les influencent comme l'évolution du dollar et la croissance économique chinoise. « La problématique des prochaines années sera la hausse du dollar, affirme Michael Lewis, responsable de la recherche matières premières de Deutsche Bank. Dans un environnement où le dollar s’apprécie, les actions ont normalement une meilleure performance que les matières premières. Cela dit, les investissements devraient commencer à revenir à des fins de diversification, mais ils seront moins importants que par le passé. » Le rythme de la réduction des achats d’actifs de la Réserve fédérale américaine et le moment de sa première hausse de taux d’intérêt devraient jouer un rôle important.

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