GPGA 2013

Retour aux fondamentaux pour la gestion

le 28/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Les gérants tirent leur épingle du jeu mais génèrent moins d’alpha dans des marchés mieux portants.

Retour aux fondamentaux pour la gestion

Preuve de la normalisation en cours sur les marchés, les Grands Prix de la Gestion d’Actifs (GPGA) de l’Agefi montrent une relative stabilité. Au palmarès de cette 14eédition, quatre fonds réussissent à conserver leur première place : un dans la catégorie Actions (Aberdeen Global Japanese Smaller Companies Fund) et trois en Obligations (LCL Obligations Moyen Terme Euro, Aviva Rendement Europe, anciennement Aviva Sécurité Europe, et Legg Mason Brandywine Global Fixed Income Fund). Par ailleurs, nombreux sont les fonds à rester dans le top 3 à l’image du M&G Global Dividend Fund déjà classé numéro 2 en Actions internationales l’an dernier ou d’Eurose et de Bati Equilibre en Diversifiés euro. First State réalise même la passe de trois en actions émergentes. Cette année encore, les maisons de gestion étrangères dominent avec 10 prix sur 15. Parmi les Français figurent trois boutiques (Comgest, Moneta AM et DNCA Gestion) et deux grandes maisons (BNP Paribas AM et Amundi). Trois acteurs réussissent enfin à décrocher deux prix Aberdeen : AM en Actions Japon et en Obligations haut rendement, First State en Actions Asie hors Japon et en Actions émergentes et JP Morgan AM Europe en Actions Amérique du Nord et en Actions sectorielles.

Les GPGA distinguent les fonds capables de surperformer leur univers véritable d’investissement sur une période de trois ans (de fin juin 2010 à fin juin 2013) à partir d’une méthodologie élaborée par l’Edhec Risk Institute et EuroPerformance-a Six Company. Globalement, la surperformance des meilleurs OPCVM est toutefois moindre que l’an dernier, surtout en actions. Certes l’alpha dégagé par les fonds spécialisés dans les actions Amérique du Nord et en France est équivalent. En revanche, dans les autres catégories, la génération d’alpha peut être inférieure de 20 % à 50 %. Les gérants auraient plus de mal à dégager une surperformance élevée lorsque les marchés sont mieux orientés. Ce que confirment les chiffres. « En période de baisse, ces fonds se démarquent car ils arrivent à maintenir un avantage en termes de production d’alpha, souligne Luc Bellamy, responsable études-analyses chez EuroPerformance. Le gérant effectue un bon 'stock picking/market timing'. En période de hausse, il semble plus difficile de dégager de l’alpha… son évolution suivant la tendance. »

Si le palmarès 2013 montre une certaine stabilité par rapport à 2012, il n’en est rien dans la durée. Hormis quelques exceptions comme les fonds de First State, Eurose de DNCA ou les OPCVM d’Aviva Investors qui se maintiennent en tête du classement ces dernières années, la plupart des fonds vont et viennent au gré des évolutions du marché et des nouvelles tendances d’investissement. Serait-il donc difficile de générer un alpha supérieur à la moyenne dans la durée ? Les gérants assurent que non, la consistance de l’alpha étant dépendante de la capacité du gestionnaire à se tenir à son processus de gestion et à ne pas le faire dévier dans le temps. « Il est important de connaître le style du fonds et son équipe de gestion pour bien comprendre son comportement dans le temps », souligne Eric Biassette, gérant valeurs moyennes chez Generali Investments Europe.

Talent du gérant

Le talent du gérant entre en effet en ligne de compte. C’est la capacité à mieux résister dans les phases de baisse qui va créer un réel avantage. « La création d’alpha n’est pas linéaire dans le temps », reconnaît Gilles Guibout, responsable de la gestion actions chez Axa IM, pour qui il n’est pas dramatique de sous-performer à certains moments car les performances sont composées dans le temps et non cumulées. Idem côté obligataire, la création d’alpha dépend de la capacité à aller à contre-courant. Une latitude particulièrement vraie pour les fonds de haut rendement « qui offrent une multitude de possibilités d’investissement : dettes convertibles, émissions 'investment grade', 'covered bonds', émissions subordonnées bancaires, papiers d’Etat… », égraine Jean-Marc Delfieux, responsable de la gestion des fonds ouverts chez Tikehau Investment Management. Une classe d’actif riche, qui, doublée d’une possibilité de se défaire de tout indice, peut conduire à une flexibilité de gestion et à la possibilité de surperformer : « Nous n’investissons que s’il y a de la valeur à attendre, poursuit le gérant, et nous nous affranchissons de toute obligation de coller à un 'benchmark' avec des positions qui viendraient grever la performance des fonds. » Mais pour Jean-Marc Delfieux, l’alpha ne se limite pas à la seule surperformance d’un portefeuille par rapport à un benchmark ou à unpeer group. « Il s’agit aussi de l’ensemble des paramètres qui entourent ce surcroît de performance, comme une volatilité inférieure à celle de l’environnement de référence », gage de performances plus lissées dans le temps. Avec, à la clé, des investisseurs plus rassurés. Enfin, qu’ils soient gérants actions ou obligations, tous partent le 1erjanvier de chaque année avec un handicap de taille : les frais de gestion, qui viennent amputer d’autant la performance de leur portefeuille. La surperformance par rapport à l’indice se joue aussi à ce niveau-là.

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