Retour à la croissance

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Le débat se déplace en Europe. Mine de rien, les propositions du candidat à l’élection présidentielle Francois Hollande, notamment d’instaurer des mécanismes de solidarité plus efficaces et d’ajouter une dimension croissance aux discussions, ont fait plus de chemin en quelques jours que dans les derniers mois.

Certes, le débat n’est pas nouveau. Il a eu lieu une première fois après la signature du traité de Maastricht, et avait ressurgi en 1997, lors de la mise en place du Pacte de stabilité et de croissance. Mais inaudible il y a encore quelques mois, il gagne du terrain dans des pays des plus orthodoxes, comme les Pays-Bas ou même l’Allemagne : Angela Merkel n’a-t-elle pas annoncé son intention de préparer un « agenda de croissance » d'ici au sommet européen de juin en réponse aux déclarations de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, la semaine dernière prônant un « pacte » de croissance ? L'Union européenne envisagerait même d’injecter des milliards d'euros d'investissements dans certains secteurs d’activité. L’aggravation de la récession en Espagne explique notamment ce spectaculaire retournement. La ligne de serrage de ceinture draconien ne fait plus recette. Au point que les déclarations d’économistes, tel le prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz qualifiant de « suicide » économique les mesures d’austérité que l’Europe s’est infligées, s’imposent de plus en plus à l’attention.

Dans ce foisonnement d’idées, celle de la mutualisation des risques des souverains, naguère taboue, revient sur le tapis. Au moment où les marchés manifestent des doutes sur l’efficacité des pare-feux mis en place pour stabiliser la zone euro, les idées se précisent sur des remèdes plus radicaux. Si le thème des Eurobonds n’a toujours pas refait surface, sauf pour financer les projets d’infrastructures, d’autres solutions sont envisagées, telles qu’un panier d'obligations nationales, des « T-Bills » européens ou même un projet « made in Germany », un fonds où serait placée au fil des ans une partie de la dette des Etats de l’Eurozone (lire L'Evénement page 8).

Le débat est encore loin de son terme. Car les recettes pour stimuler l’activité en Europe divergent profondément, entre partisans de politiques structurelles d’un côté et de mesures de relance de l’autre. L’Allemagne n’envisage pas une renégociation du traité, par crainte que soit remise en cause la nécessité absolue de réduire les déficits. Il n’empêche : l’idée que la crise n’est plus seulement une crise des dettes souveraines mais une crise économique, une crise de la compétitivité, progresse, avec son corollaire : toute politique doit désormais inclure un volet investissement pour la croissance et l’emploi.

Reste à définir les voies que pourrait prendre une nouvelle initiative européenne de croissance. Personne n’a la formule magique. Après la présidentielle en France, il faudra que la roue tourne en Europe.

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