L'Invité de l'Agefi

Restaurer la confiance par une réglementation adaptée

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Si instaurer une meilleure protection des investisseurs est une priorité, elle ne doit pas se faire au détriment de l’investissement à long terme.

Par Eric Wohleber, directeur France, BlackRock

Ces dernières années ont été marquées par la volonté des régulateurs d’assurer une meilleure protection des investisseurs. L’ampleur de la crise a soulevé nombre de questions, tant sur les produits financiers eux-mêmes que sur la façon dont ils étaient vendus. Restaurer la confiance est aujourd’hui un objectif majeur, et nous sommes en effet convaincus que seule une réglementation adaptée le permettra. Mais toute nouvelle réglementation devra tenir compte d’une vision globale et des interconnexions existantes entre producteurs de solutions, distributeurs et conseillers financiers, si elle souhaite assurer une meilleure protection des investisseurs. De même, elle devra être appliquée de manière identique entre les pays de l’Union européenne si elle ne veut pas provoquer des effets indésirables.

Alors que de larges progrès ont déjà été réalisés avec les directives AIFM, OPCVM (Ucits 4) et la mise en place du DICI, le document d’informations clés pour l’investisseur (ou KIID, key investor information document), les prochains mois vont être déterminants pour l’industrie de la gestion d’actifs. La Commission européenne est sur le point de finaliser la nouvelle version de la directive sur les marchés d’instruments financiers (MIF), afin notamment d’accroître la protection des investisseurs. Mais elle devra également tenir compte de la directive sur les produits d’investissement de détail packagés (Prips) que sont par exemple les produits structurés ou l’assurance-vie, et, enfin, de la nouvelle version de la directive sur l’intermédiation en assurance (IMD).

Prenons le sujet délicat du commissionnement des réseaux de distribution. Cette directive, en conduisant à la disparition des rétrocessions uniquement pour les indépendants, pourrait favoriser un système d’architecture fermée, donc limiter considérablement le choix des solutions. Je ne suis pas sûr que cela aille dans le sens d’une protection des investisseurs. Comme je ne pense pas que l’absence de cadre européen sur ce sujet, qui favorise l’émergence de réglementations locales (comme par exemple en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas), aille non plus dans le sens d’une protection accrue. Notons que, pendant ce temps, les grands acteurs de la gestion développent un positionnement européen et non plus domestique. Enfin, si une réglementation sur le commissionnement avait pour conséquence de limiter l’accès au conseil pour certains investisseurs privés (ceux qui n’ont simplement pas les moyens de se l’offrir), cela irait à l’encontre de l’objectif d’une protection accrue. Une récente enquête menée par BlackRock* a montré que seuls 18 % des Français font appel à des conseillers financiers professionnels et que près des deux tiers des personnes interrogées envisagent leur avenir financier avec inquiétude.

Il faudra également veiller à ce qu’une réglementation ne réduise pas la diversité des solutions proposées aux clients, cette fois sous prétexte qu’elles sont plus compliquées à gérer. Par exemple, l’utilisation des dérivés permet au gérant d’élaborer certaines stratégies de gestion inenvisageables avec des titres physiques seuls. Dans ce cas, la réglementation devra imposer une meilleure transparence dans la description du mode de gestion. Mais cela devra être fait pour tous les produits à destination de la clientèle privée, les Prips comme les OPCVM. Et il devra en être de même en ce qui concerne le coût réel de détention. Il semble à ce sujet que la rédaction d’un document de type DICI  pour tous ces produits va s’imposer. Il s’agit certes d’un vaste chantier, mais il contribuera aussi à restaurer la confiance.

Si instaurer une meilleure protection des investisseurs est clairement une priorité, elle ne doit pas se faire au détriment de l’investissement à long terme, en raison par exemple d’une fiscalité ou de règles comptables inadaptées, alors que plus que jamais les flux d’épargne doivent soutenir le financement de l’économie comme celui de nos retraites.

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