De la réserve à l'incrédulité

le 29/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Année après année, le jugement critique des lecteurs de L’Agefi Hebdo sur la régulation financière ne se dément pas. On peut même dire que leur réserve se mue en incrédulité quand ce n’est pas en rejet pur et simple. Nul désintérêt pour autant : jamais, depuis que cette enquête annuelle a été lancée voici trois ans, leur mobilisation sur le sujet n’a été plus forte. 736 d’entre eux, un record absolu, ont pris le temps de répondre, dégageant sur l’essentiel des questions posées des majorités claires, en cohérence avec leurs votes précédents. Non, la sécurité financière ne sortira pas renforcée des règles en cours d’adoption. Si l’Union bancaire constitue, au niveau de la zone euro, la seule vraie idée nouvelle plébiscitée, l’absence d’avancée concrète sur la régulation de la finance de l’ombre inquiète à juste raison. Non encore, la convergence des règles entre grandes zones géographiques concurrentes ne sera pas mieux assurée, bien au contraire. Nos lecteurs n’ont pas attendu le refus américain d’appliquer Bâle III dans les temps pour considérer que l’Europe sera la grande perdante, et l’Asie la grande gagnante, de la redistribution des cartes en cours ; non seulement parce qu’elle va payer par une sévère récession le changement de modèle de financement de l’économie induit par les normes de solvabilité et de liquidité bancaire, mais parce qu’elle n’a pas répondu correctement au défi de la crise de la dette souveraine.

Sur le champ d’action national, le jugement n’est pas plus favorable. Le matraquage fiscal, qui vaut notamment à la France d’appliquer en solitaire une taxe sur les transactions financières qui achève d’anémier la place de Paris, fait l’unanimité contre lui. Quant à la création d’une Banque publique d’investissement, elle laisse nos lecteurs très partagés. Le seul point qui les rassemble, comme les années passées, c’est la scission des banques à laquelle ils demeurent toujours aussi favorables. Reste à savoir selon quel modèle. Or apparaît à ce stade un constat qui transparaît dans l’ensemble de l’enquête, celui d’une difficulté croissante des répondants, qui sont pourtant des spécialistes, à maîtriser tous les aspects de la régulation dans leur incroyable complexité. S’ils valident le rapport Liikanen, ils approuvent aussi la position française, qui est fort différente, sur la nature des activités de marché qu’il importe de cantonner. Un signe de plus qui ne trompe pas sur le fait que l’action des régulateurs, politiques ou non, est de moins en moins comprise par les praticiens de terrain. Leur inconfort ne doit pas être sous-estimé car il donne une idée de l’incompréhension totale, qui nourrit un fort soupçon d’inaction, dans lequel demeure aujourd’hui le grand public à l’égard du formidable changement de règles en cours. Une démarche pédagogique doit absolument être entreprise par les acteurs de la régulation. En sont-ils conscients ?

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