Dossier Marchés émergents

Les réseaux bancaires français cisèlent leur présence au Maghreb

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Pas question de se délester de positions historiques à tout prix. Dans certains cas, des ajustements de périmètres sont plus porteurs.

Maroc, Tunisie, Algérie : les groupes bancaires français arbitrent leur présence au Maghreb marché par marché. Depuis la crise, tous cherchent des réductions de coûts, voire des cessions d’actifs pour répondre aux prochaines exigences de fonds propres du Comité de Bâle. Ils étudient ainsi la situation dans chaque pays à la lumière des évolutions économiques et politiques qui ont suivi le printemps arabe. Les arbitrages relèvent d'une certaine finesse, par segments d’activité. Dans cet esprit, BNP Paribas avait annoncé en juillet 2011 la fusion-absorption au sein de BMCI, sa filiale marocaine, des entités locales de Cetelem et BNP Personal Finance pour grandir dans le crédit à la consommation… et sans doute réduire ses coûts. Le 17 avril dernier, BPCE (Banque Populaire Caisse d’Epargne) a quant à lui décidé d'un partenariat industriel, commercial et capitalistique au Maroc. Sa filiale locale, BPCE Maroc, a pris une participation de 5 % au capital de la Banque Centrale Populaire via une augmentation de capital réservée. Pourtant, afin d’améliorer ses ratios de fonds propres (de 22 millions d’euros), le groupe français avait finalisé en janvier la cession de sa participation indirecte de 23,8 % au capital du Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH), autre banque marocaine… Les Caisses d'Epargne étaient entrées au tour de table du CIH (180 agences et 550.000 clients) en juillet 2006, à l'époque où Charles Milhaud, leur patron, engageait une croissance externe tous azimuts. L’heure n’est plus à ce genre d’extravagance.

Un marché porteur

Le Maroc est néanmoins le pays du Maghreb où les réseaux français disposent de la plus forte présence, avec en moyenne 300 agences pour BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale, ce dernier comptabilisant plus de 600.000 clients avec la troisième banque à capitaux privés du pays. Pour Crédit Agricole SA (CASA), le Maroc contribue à hauteur de 23 % au produit net bancaire (PNB) de la banque de proximité à l’international, hors Italie et Grèce, et de 40 millions au résultat net part de groupe hors dépréciations en 2011, à comparer à 43 % du PNB pour la Pologne et 28 millions d’euros de résultat. Ce poids relatif du Maroc remonte à 2008, lorsque CASA a signé avec Attijariwafa bank (lire page 31) un accord par lequel le français lui a cédé sa participation dans son réseau de banques de détail en Afrique subsaharienne et porté parallèlement à 77 % sa propre participation dans Crédit du Maroc, Sofinco (en crédit à la consommation) ayant renforcé la sienne à 49 % dans le capital de Wafasalaf. Le Maroc apparaît comme un marché porteur. Sur 46 agences ouvertes en Méditerranée par BNP Paribas en 2011, 32 l’ont été dans ce pays. Pour Crédit Mutuel-CIC, ce serait même un tremplin. « Au Maroc, le centre informatique, calqué sur le nôtre, que nous avons fourni à notre partenaire BMCE (20 % CM-CIC, NDLR), peut nous donner des possibilités de développement en Afrique subsaharienne », estime Michel Lucas, président du groupe mutualiste.

L’importance du politique

Jean-Louis Mattei, directeur de la banque de détail à l’international de Société Générale, a déjà eu l’occasion de dire que son groupe maintenait sa stratégie de développement dans cette région (L’Agefi Hebdo du 26 mai 2011). Si la présence de la banque rouge et noire est deux fois moins importante en Tunisie qu’au Maroc, avec environ 340.000 clients, 1,4 milliard d’euros de crédits et 1,2 milliard d’euros de dépôts en 2011, elle est toutefois plus importante que celle de BNP Paribas qui y dispose d’environ 195.000 clients et plus de 110 agences. Malgré l’émergence d’une classe moyenne dans le pays, tous les groupes français restent attentistes. Michel Lucas a même déclaré : « En Tunisie, où nous sommes présents dans la banque et dans l’assurance, les activités se développent correctement, mais nous surveillons de près le contexte national. L’hypothèse d’une vente n’est pas exclue. Nous prendrons notre décision d’ici à la fin de l’année. » L’évolution politique pèsera sans doute sur les positions de chacun.

En Algérie, la situation est plus compliquée encore. BPCE n’y est présent que via sa banque de gros, Natixis. Si CASA, Société Générale et BNP Paribas y disposent de réseaux, ils y sont moins fournis (60 à 70 agences) que dans les autres pays, sachant que l’Etat freine leur expansion. Société Générale peut y revendiquer une position plus significative que ses concurrents français - avec près de 270.000 clients, 1,1 milliard d’euros de crédits et 1,3 milliard d’euros de dépôts en 2011. Mais les relations avec l’administration sont difficiles. Et les banques internationales, dont BNP Paribas et Société Générale, qui ont été condamnées en première instance en 2008 et 2009 pour infractions à la réglementation des changes, continuent à défendre leur bonne foi devant les juridictions algériennes.

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