Dossier Marchés émergents

Une reprise modeste en Chine

le 14/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Les nouveaux dirigeants entendent maintenir une croissance forte, mais les taux de 10 % ne sont plus d’actualité.

La croissance de l'économie chinoise s’est légèrement redressée à 7,9 % au quatrième trimestre 2012, soit la première accélération en deux ans. La tendance devrait se poursuivre au premier semestre (8,1 % au premier trimestre et 8,2 % au deuxième), avant de plafonner en fin d’année (8,2 % au troisième trimestre et 8 % au quatrième), selon le dernier relevé de prévisions de Consensus Economics. « L’objectif clé des nouveaux dirigeants pour 2013 est la stabilité, expliquent les économistes de Bank of America Merrill Lynch (BoAML). Les politiques favorables à la croissance seront prolongées et il n’y aura pas de relance de grande ampleur, à moins d’une nouvelle crise financière mondiale. » Le gouvernement devrait fixer en mars le même objectif de croissance qu’en 2012, soit 7,5 %, selon eux. Au-dessous de ce seuil, la Chine risque de connaître des tensions sur le marché de l’emploi, comme l’an dernier. Selon une enquête de la Southwestern University of Finance and Economics (SUFE), le taux de chômage urbain est passé de 7,5 % mi-2011 à 8,05 % mi-2012.

Le retour de l’immobilier

L’investissement (50 % du PIB, selon CEIC Data) devrait rester le principal moteur de l’économie (L’Agefi Hebdo du 7 février), d’autant plus que la politique monétaire est relativement accommodante et que les entreprises reprennent confiance (voir le graphique). En septembre 2012, l’agence de planification économique (National Development and Reform Commission) a approuvé de nouveaux projets d’infrastructures pour plus de 800 milliards de yuans (95 milliards d’euros), qui continuent à produire leurs effets. En outre, les années de transition politique (Xi Jinping et Li Keqiang succèdent à Hu Jintao et à Wen Jiabao en tant que président et Premier ministre en mars) et les troisièmes années des plans quinquennaux (le plan actuel court jusqu’en 2015) sont en général marquées par une hausse des investissements. « Le gouvernement a récemment approuvé la construction d’un nouvel aéroport à Pékin, qui coûtera 8,3 milliards d’euros et ouvrira fin 2018, rapporte Fabrice Jacob, PDG de JK Capital Management. Il prévoit aussi de porter le réseau de métro à 4.400 km d’ici à 2015, contre 2.270 aujourd’hui, et celui de lignes de train à 20.500 km, contre 9.300 aujourd’hui. »

Le marché immobilier est aussi en train de se reprendre. En dépit des mesures restrictives toujours en place, les prix ont atteint un plancher en mai 2012 et continuent à progresser, selon l’indice du courtier SouFun. Les promoteurs prévoient de construire davantage dans les mois à venir, et Pékin compte lancer la construction de 5 millions de logements sociaux cette année. Or l’investissement immobilier représente 13,8 % du PIB, selon les économistes de Standard Chartered. « Cette reprise allume toutes sortes de moteurs de croissance, de la demande de ciment aux achats de voitures, indiquent-ils. La confiance des consommateurs pourrait même s’améliorer. »

Le gouvernement souhaite aussi soutenir la consommation des ménages (33 % du PIB, selon CEIC Data), notamment en doublant le revenu par habitant de 2010 d’ici à 2020 et en réduisant les inégalités (le coefficient de Gini s’élève à 0,474). Il a annoncé le 5 février une série de mesures, attendues de longue date : augmentation du salaire minimum à au moins 40 % du salaire urbain moyen d’ici à 2015, hausse des dépenses de sécurité sociale, d’éducation et de logement de 36 % des dépenses totales en 2012 à 38 % en 2015, poursuite de la réforme de la fiscalité (notamment taxer davantage les hauts revenus), etc. De plus, les nouveaux dirigeants semblent s’orienter vers un nouveau plan d’urbanisation et une réforme du système d’enregistrement des ménages (hukou), ce qui devrait non seulement entraîner davantage d'investissements dans les infrastructures, mais aussi « dynamiser la consommation », notamment de produits de base, selon les économistes de BoAML. « Aujourd’hui, 200 millions de Chinois n’ont pas le bon droit de résidence, rappelle Fabrice Jacob. Ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école gratuite, se faire soigner gratuitement ou faire un emprunt pour acheter un appartement. Ils n’ont aucun filet de protection, donc ils dépensent moins. »

La banque centrale garde bien sûr un œil sur les risques financiers, immobiliers, et sur l’inflation. Celle-ci devrait passer de 2,7 % au premier trimestre à 3,6 % au quatrième, selon Consensus Economics. Un resserrement mesuré de la politique monétaire pourrait intervenir au second semestre, ce qui provoquerait un léger ralentissement. « La croissance trimestrielle a peut-être déjà atteint un sommet au troisième trimestre 2012 à 2,2 % (ajustée des variations saisonnières, non annualisée), préviennent les économistes de BoAML. Elle pourrait rester entre 1,8 % et 2,1 %, puisque la croissance structurelle de la Chine continuera à suivre une tendance à la baisse. »

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