Un répit, pas une embellie

le 03/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour l’Europe, le pire est passé : le ministre français de l’Economie Christine Lagarde veut le croire. Il est vrai qu’une relative détente se manifeste depuis quelques semaines sur le marché des taux européens. Point de base par point de base, les différentiels des taux nationaux par rapport à la référence allemande se réduisent tandis que l’euro reprend des couleurs. La première émission du Mécanisme de stabilisation financière européen début janvier a marqué un point d’inflexion, celle du Fonds européen de stabilité financière le 25 janvier paraît avoir confirmé la tendance.

Les investisseurs accusent en quelque sorte réception des messages encourageants qui leur ont été adressés en ce début 2011 : le débat sur le renforcement du mécanisme de sauvetage des Etats en difficulté est apprécié comme une manifestation que les 27 sont enfin décidés à traiter le problème à fond ; l’annonce de tests de résistance bancaires sérieux pour ce printemps témoigne aussi d’une volonté de transparence. Moins commentée mais pas moins essentielle s'avère la détermination de deux poids lourds des marchés mondiaux, les Etats chinois et japonais, à soutenir l’euro, dont la stabilité est vitale pour eux aussi. Dernier point : la conjoncture donne des preuves de solidité qui semblent consommer la défaite des Keynésiens de stricte obédience selon lesquels l’austérité budgétaire ne saurait s’accompagner que d’une récession, voire pire. Ne voit-on pas Nouriel Roubini en personne admettre que la reprise en Occident pourrait être plus forte que prévu ?

A ces signaux d’optimisme, il n’est pourtant pas abusif d’en opposer d’autres, moins agréables. La résistance du chômage en dehors de l’Allemagne en est un. Un autre, tout aussi évident, est que la détente octroyée par les investisseurs demeure toute relative. Leur étau ne se desserre que marginalement sur les pays en difficulté, même si ceux-ci, comme l’Espagne en matière bancaire, donne des gages évidents de sérieux. Tout se passe comme s’ils ne doutaient plus de la résolution des gouvernements de la zone euro à défendre leur bien commun, mais qu’ils maintenaient leurs exigences de fond : la nécessité d’une remise sur le métier des dossiers grec et irlandais d’une part, la mise au point d’un mécanisme européen de résolution des crises pérenne, correctement calibré et inséré dans un pacte de stabilité et de croissance aux règles profondément rénovées, dûment validées par les opinions publiques du cœur de la zone euro. Autant dire que certaines échéances électorales, en France en particulier, seront considérées comme autant de tests majeurs. En attendant que les peuples aient rendu leur verdict sur la nouvelle donne en cours d’élaboration, toute complaisance serait franchement prématurée.

A lire aussi