Dossier Gestion flexible

Le renouveau des hedge funds multistratégies

le 31/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Classe d’investisseurs aux contours flous, ils ont été frappés de plein fouet par la crise de 2008. Depuis cet été, ils reprennent des couleurs.

Tout le monde a beau en parler, il est difficile de donner une définition précise des hedge funds multistratégies. Si l’on s’en tient aux estimations d’encours par exemple, elles varient quasiment du simple au double en 2012 : 481 milliards de dollars, selon HFI Inc (anciennement HFR), et 246 milliards, selon BarclayHedge, deux institutions anglo-saxonnes spécialisées dans les hedge funds.

« Il y a effectivement plusieurs catégories de fonds multi-stratégies, résume Manuel Kalbreier, associé chez Boussard & Gavaudan. Le premier univers est constitué des fonds ayant une approche 'global macro'. Le second regroupe trois autres types de sociétés d’investissement : les fonds de plates-formes qui recrutent différents gérants selon leur classe d’actifs et leur allouent du capital en fonction de leur performance, des sociétés qui répliquent le modèle des banques d’affaires avec leur salle de marché et des fonds de 'relative value' qui arbitrent différentes classes d’actifs. »

Un large succès avant 2008

Dans le premier univers, on retrouve des fonds comme ceux de John Paulson (Advantage, Advantage Plus pour un total estimé à 19 milliards de dollars) qui investissent en fonction de prises de position directionnelles (pour ou contre l’Europe par exemple). Dans le second, des plates-formes comme Millenium Management (17 milliards de dollars d’actifs sous gestion, 1.200 employés) et des sociétés d’arbitrage telles que Boussard & Gavaudan (1,3 milliard d’euros d’actifs et 44 employés) qui vont arbitrer actions, obligations et options en fonction d’analyses fondamentales.

S’il fallait leur trouver un point commun, on pourrait mentionner le fait qu’ils démarrent rarement en étant multistratégies. La plupart se sont concentrés sur une classe d’actifs avant d’élargir leur palette de compétences. D.E. Shaw, un géant de 26 milliards de dollars, a commencé en 1988 avec… 28 millions d’euros. Certaines mauvaises langues diront d’ailleurs que la multistratégie n’est qu’une conséquence de l’effet de taille. « Quand vous avez 10 milliards d’euros à investir, il est compliqué de rester focalisé sur une seule classe d’actifs », indique un connaisseur.

Entre 2002 et 2007, ces fonds, notamment les fonds global macro, ont connu un large succès. Leurs actifs sont passés de 140 milliards de dollars en 2005 à 220 milliards en 2007, selon BarclayHedge. Mais en 2008, la crise les frappe de plein fouet. « Tout l’intérêt d’une multistratégie est d’apporter la meilleure performance qui soit avec le risque le plus faible possible et la meilleure régularité », commente un observateur. En 2008, la performance moyenne de cette classe d’actifs est de -20 %. « Le modèle des fonds multistratégies a été sérieusement bousculé. Il reposait sur la diversification, or toutes les classes d’actifs ont été corrélées lors de ce choc », explique Sebastien Laye, auteur du livre Les secrets de la fortune des hedge funds (Editions Ellipses, 2013).

Moindre risque systémique

Résultat, les fonds ont connu deux à trois années de vaches maigres. L’un des plus emblématiques, le fonds Citadel, a enregistré une perte de 50 % au plus fort de la crise. Chose rare, fin 2008, son patron, Kenneth Griffin, a pris la peine d’expliquer sa contre-performance à ses investisseurs. Sans surprise, cette année-là, les encours du secteur chutaient d’environ 15 %.

Aujourd’hui, la situation s’est largement améliorée. Le risque systémique s’est éloigné, la volatilité est retombée (le VIX est à près de 12 %), la corrélation entre les différentes classes d’actifs tend à se normaliser. « Depuis que les marchés se sont stabilisés au milieu de 2012, les fonds de fonds et 'hedge funds' multistratégies recommencent à afficher de bonnes performances », confirme Christophe Jaubert, responsable des investissements pour le fonds de fonds HDF Rothschild Investment Solutions. La performance moyenne des acteurs du secteur a été de 8,9 % en 2012, selon HFI Inc., après une perte de 2 % en 2011. Cette performance est moins bonne que l’essentiel des indices mondiaux mais meilleure que les hedge funds pris globalement qui ont progressé de seulement 6,2 %.

Une bonne santé attestée par les chiffres : 38 milliards de dollars se seraient déversés dans le secteur des hedge funds multistratégies en 2012. Cette manne aurait surtout profité « aux plus importants et aux plus stables de ces fonds », témoigne Sebastien Laye. Un phénomène de concentration accru par le retrait des fonds de fonds : « Avant 2008, 65 % des fonds de l’industrie des 'hedge funds' provenaient des fonds de fonds et 20 % de fonds de pension. Aujourd’hui, ce rapport s’est quasiment inversé », explique Cyril Julliard, président du fonds de fonds Eraam.

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