L'analyse de... Jean-Pierre Petit, président des Cahiers verts de l'économie

Le renouveau américain

le 18/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Le sentiment d’un déclin américain dans les années 2000 a été alimenté par plusieurs éléments : a) croissance plus faible sur la décennie (moins de 2 % par an) et surtout, croissance potentielle en baisse (baisse du taux de participation, désindustrialisation, baisse des parts de marché) ; b) revers militaires (Irak, Afghanistan) ; c) dégradation de l’image des Etats-Unis dans le monde ; d) déséquilibres financiers (bulle immobilière et explosion de la dette des ménages jusqu’en 2007, creusement du déficit courant jusqu’en 2008, creusement du déficit fédéral jusqu’en 2012) ; e) ascension économique et commerciale de la Chine.

Mais depuis la grande crise de 2007-2009, les Etats-Unis ont manifesté une indéniable capacité de sursaut. Le PIB réel se situe maintenant 3 % au-dessus de son niveau pré-crise, ce qui n’est évidemment pas le cas des autres grandes zones riches (zone euro, Royaume-Uni, Japon) qui sont encore largement en deça. De plus, la reprise américaine depuis presque quatre ans a été avant tout une reprise corporate « saine » alimentée par un redressement de l’offre, via la profitabilité, de l’investissement et des exportations. Certains déséquilibres se sont sensiblement réduits.

La dette des ménages a pu être diminuée (par rapport au revenu) et l’immobilier s’est ajusté. La solvabilité et la liquidité des banques se sont améliorées. Les Etats fédérés ont redressé leurs finances. La baisse du dollar depuis dix ans, alors que les coûts salariaux unitaires se sont rapidement ajustés lors de la grande crise, ont favorisé un redressement de la balance courante américaine qui s’est faite sans contraction excessive de la demande intérieure. On observe même quelques sensibles améliorations « structurelles » dans l’économie américaine au cours des dernières années (baisse du taux de dépendance énergétique, hausse des parts de marché de l’industrie manufacturière…). Rappelons à cet égard que la production énergétique américaine se situe à près de 20 % au-dessus de son niveau de 2005 et que les Etats-Unis sont devenus le premier producteur de gaz au monde.

Bien sûr, il reste de nombreux ajustements à effectuer, notamment pour faire face à la hausse de la dette fédérale. On sait que l’Amérique dispose d’atouts relatifs substantiels par rapport à l’Europe dans ce domaine : croissance réelle et nominale plus élevée, taux de pression fiscale plus faible, facilité de financement grâce au dollar… Un premier pas dans le relèvement des impôts (alourdissement pour les revenus élevés, hausse des cotisations sociales) a été effectué dès le début 2013. Il faudra aussi sans doute « faire le ménage » dans les multiples « taxes négatives » (exemptions, déductions, taux préférentiels, reports) qui caractérisent le système fiscal américain (1.200 milliards de dollars en 2011, 8 % du PIB américain) et faire face à la puissance des lobbies. Le poids des dépenses fédérales (qui sont montées à plus de 25 % du PIB après moins de 20 % en 2008) devra aussi diminuer. Le président Barack Obama a probablement un rôle historique à jouer, en composant avec les républicains et en présentant notamment un plan crédible à moyen terme de maîtrise des coûts et des dépenses au titre de Medicare (3,7 % du PIB en 2011 et 5,7 % en 2035 si rien n’est fait à terme) et de la Social Security (4,2 % du PIB en 2011 et 6,4 % en 2035 si rien n’est fait à terme).

Beaucoup d’autres ajustements devront être effectués dans des domaines clés de la croissance potentielle : environnement, éducation (primaire surtout), infrastructures (transports surtout), immigration (au-delà de la régularisation des 11 millions de clandestins).

En fait, le relatif repli américain des années 2000 n’était pas tout à fait nouveau dans l’histoire contemporaine américaine. Les années 70 étaient aussi déjà caractérisées par un déclin relatif (croissance faible, forte inflation, déficits budgétaires, déficits extérieurs), sans oublier l’affaiblissement stratégique (guerre du Vietnam péniblement soldée, Watergate, offensives de l’URSS, humiliations face à l’Iran de Khomeiny…). C’est à chaque fois la flexibilité (micro et macro), la qualité de la gouvernance (notamment le renouvellement des élites et la concurrence inter-Etats) et l’innovation qui ont favorisé le renouveau américain. Notons à ce propos que les dépenses de recherche-développement n’ont pas été sacrifiées par la crise : elles représentent 2,9 % du PIB, le même niveau qu’il y a cinquante ans.

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