Les régulateurs jettent la lumière sur la finance de l’ombre

le 17/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Ils révisent la régulation du prêt de titres et de la pension livrée, un chaînon important du « shadow banking ».

Le Conseil de stabilité financière (FSB) a publié un rapport préliminaire sur les risques du prêt de titres et des opérations de pension livrée (repo), identifiés comme l’un des chaînons de la finance de l’ombre (shadow banking). Il laisse entrevoir les recommandations qu’il doit faire au G20 d’ici à fin 2012. Le FSB déplore le manque de transparence de ces activités, évaluées à plusieurs milliers de milliards de dollars. Dans la plupart des pays, les transactions de titres contre des liquidités sont en général inscrites au bilan, mais certains systèmes comptables n’indiquent pas clairement quels actifs sont prêtés, et les règles américaines comportent des failles, exploitées récemment par MF Global et certaines banques. Les engagements de repo représentent environ 10 % à 15 % du bilan des grandes banques de trading comme Barclays ou JPMorgan, selon Adair Turner, président de la Financial Services Authority. « Le traitement comptable du ‘repo’ par les International Financial Reporting Standards (IFRS) est bien plus clair, explique Richard Comotto, chercheur au centre Icma (International Capital Market Association) de l’Université de Reading. Les titres prêtés, des ‘investissements’, sont reclassés en ‘collateral’, ce qui est équilibré au passif par un ‘emprunt collateralisé’. Une adoption plus large des IFRS est souhaitable, puisque ces normes identifient bien les actifs utilisés comme ‘collateral’. » Au niveau macro, certains régulateurs souhaitent créer un référentiel central. « Le marché du ‘repo’ a une fréquence de transactions similaire à celui des changes, mais chaque opération demande de saisir beaucoup plus de données », prévient Richard Comotto.

Décotes et marges minimales

Le FSB s’inquiète aussi du risque de voir ces opérations créer un levier excessif lorsque le collateral est réinvesti plusieurs fois, et susciter des retraits massifs (run). « En théorie, le ‘repo’ permet un levier illimité, mais en pratique, les marchés ne laissent pas les banques continuer à emprunter, même avec un bon ‘collateral’ », objecte Richard Comotto. Certains pays imposent déjà des règles de réinvestissement aux prime brokers et aux fonds. Selon Manmohan Singh, économiste du Fonds monétaire international, la « vitesse du ‘collateral’ » est passée de 3 fin 2007 à 2,4 fin 2010, en raison du retrait de certains prêteurs après la faillite de Lehman Brothers. Aujourd’hui, la plupart sont revenus sur le marché. Aux Etats-Unis, les mandataires (lending agents) ont empêché les ruées sur leurs comptes communs en limitant les droits de leurs clients de reprendre leur collateral réinvesti.

Le FSB pourrait recommander des décotes et des marges minimales afin de limiter la procyclicité du système. En effet, les hausses de décotes sur les produits structurés comme les ABS (asset-backed securities) lors de la crise, ou sur les obligations souveraines de pays européens récemment, ont participé au mouvement de baisse de ces actifs. Pour Icma, une telle mesure risquerait de rendre le financement non sécurisé relativement moins coûteux, et donc de favoriser la prise de risques par ce canal. Enfin, les régulateurs se demandent s’il faut encourager le recours aux chambres de compensation (50 % des opérations de repo ont été compensées au deuxième trimestre 2011, selon la Banque centrale européenne). Pour Werner Langen, membre de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, « on ne devrait pas obliger, au début, les acteurs à compenser leurs opérations de ‘repo’, mais analyser les obstacles potentiels à l’utilisation de contreparties centrales ».

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