Dossier Gestion alternative

La réglementation Solvabilité II enchérit les fonds alternatifs

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Certains assureurs pourraient s’en détourner. Néanmoins, les réflexions se concentrent aujourd’hui sur les actifs traditionnels.

Trop cher. La réglementation européenne Solvabilité II pénalise la gestion alternative. Dans les faits, Solvabilité II introduit une approche de la gestion du risque et une évaluation économique à la fois des actifs et des engagements (passif). Les risques encourus par les assureurs, les mutuelles, les institutions de prévoyance… sont en quelque sorte garantis par un capital de solvabilité autrement appelé le SCR (Solvency Capital Requirement). « Ainsi, concernant les actions par exemple, la réglementation européenne établit que dans 99,5 % des cas, ce placement ne perdra pas plus de 40 %, explique Elodie Laugel, responsable ingénierie financière du département Investment Solutions chez Axa IM. Reste donc aux assureurs à provisionner d’emblée 40 de capital réglementaire pour 100 investis en actions. Le rapport grimpe à 49 pour 100 (dans la formule standard QIS5) dans le cas d’un investissement alternatif, lesquels 49 sont majorés ou minorés de 10 points de base selon le contexte de marché. »

Evidemment, pour certains investisseurs, l’apport en capitaux propres pose question. « Environ 70 % de nos clients sont concernés par Solvabilité II et, pour les deux tiers d’entre eux, le capital réglementaire est probablement une denrée rare », comptabilise Pierre Lenders, directeur général de HDF Finance. Devant cette consommation de capitaux propres, certains d’entre eux pourraient se détourner des hedge funds. Pour les acteurs plus importants, le risque extrême sera calculé en interne. Avec pour objectif d’abaisser au maximum la charge en capitaux réglementaires.

Cependant, côté gestion alternative, investisseurs comme promoteurs de fonds ou de solutions ne semblent pas « être sur le pont ». « Aujourd’hui, nous sommes particulièrement concentrés sur les risques crédit, taux et actions, qui constituent l’enjeu prioritaire pour les assureurs et autres institutions de prévoyance », souligne Elodie Laugel. Mais les intentions sont bien là et la promesse que ces investisseurs se tournent vers des spécialistes enchantent ces derniers. « Soit les assureurs se limitent à appliquer la feuille de route de la formule standard qui oblige à loger l’alternatif dans la catégorie 'autres', soit nous les aidons à défendre une autre approche », lance Pierre Lenders. Pour ce faire, l’investisseur devra développer, puis défendre auprès de son régulateur, un modèle interne qui combinera deux ingrédients : la modélisation de performance sur des bases historiques et la transparence de ces positions pour s’assurer au fil de l’eau que l’on reste dans le cadre de la modélisation retenue.

Trop tôt

« La transparence consiste à connaître sinon l’ensemble des positions de chaque sous-jacent, au moins une description simple et pertinente des facteurs de risques et expositions, développe-t-il. Nous disposons de bases de données qui rassemblent les performances, les stratégies, les corrélations... des fonds qui constituent notre environnement d’investissement à l'instant T. Néanmoins, si l’on parvient à connaître, par ce biais, l’ensemble des risques sous-jacents, on fait abstraction de la valeur du gérant. Pour être au plus près des propriétés statistiques de ces produits, et surtout en cas de stress puisque c’est bien la question du 'stress test' (test de résistance, NDLR) qui importe, il faut comparer l’historique de performance de chaque fonds avec les indices de référence, ce qui permet d’apprécier les moments de convexité. » Les fonds de fonds multistratégies, par exemple, pourraient au regard de leur historique de performance demander seulement entre 20 % et 25 % de capitaux propres et présenter, pourquoi pas, une alternative aux placements en actions.

Cependant, tout cela nécessite des modélisations statistiques. HDF Finance est pour sa part en cours d’intégration d’outils informatiques qui permettront l’industrialisation de ce process. « Un 'process' que nous pourrions par ailleurs proposer à nos clients, au-delà de la problématique de modélisation interne dans le cadre Solvabilité II », projette Pierre Lenders. En outre, l’industrie financière elle-même se fait imaginative. Arrivent en effet sur le marché des fonds alternatifs tail risk, qui offrent une protection aux risques extrêmes et espèrent ainsi être moins consommateurs de fonds propres. Reste que l’industrie des hedge funds devra impérativement jouer le jeu de la transparence.

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