Les régions espagnoles dans le viseur des marchés

le 30/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Leur endettement atteint un niveau record. Le redressement des finances régionales est vital pour la réduction du déficit public.

La discipline budgétaire des 17 régions espagnoles est dans le collimateur des marchés. Avec la recapitalisation des caisses d’épargne et les réformes du marché du travail, c’est l’un des trois facteurs jugés décisifs pour l’assainissement de l’économie espagnole. Or les « communautés autonomes » (CCAA) ont atteint au premier trimestre 2011 un record d’endettement : 121,4 milliards d’euros, soit 11,4 % du PIB, un montant qui s’intègre à la dette publique globale du pays de 680 milliards d’euros, soit 63,6 % du PIB.

Si le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero veut mener à bien le plan de redressement des finances publiques présenté en mai 2010, l’austérité des régions, qui contrôlent plus d’un tiers des dépenses publiques, est essentielle. L’Espagne compte ramener son déficit à 6 % cette année, un objectif « à portée de main », selon le Fonds monétaire international (FMI). Le plan d’austérité compte faire tomber le déficit des régions à 1,3 % du PIB national cette année. La limite fixée à 2,4 % en 2010 avait été dépassée (2,8 %).

Conscient de la nécessité de maîtriser les finances publiques régionales, le ministère de l’Economie a décidé d’accroître la pression en 2010. Les gouvernements régionaux (fiscalement autonomes, ils administrent une partie de l’impôt sur le revenu, de la TVA et d’autres taxes) doivent désormais publier des comptes trimestriels. Les mauvais élèves sont contraints d’envoyer un rapport mensuel au ministère. Les chiffres du premier trimestre montrent toutefois que si l’administration centrale est parvenue à diminuer entre janvier et mars le déficit public de moitié par rapport au premier trimestre 2010 (0,22 % du PIB), celui des régions atteint déjà 0,46 % du PIB.

Si le FMI accorde sa confiance au gouvernement central, « dont les standards de transparence sont élevés », il lui demande toutefois de se concentrer dans l’immédiat sur les finances des régions autonomes : « La transparence des comptes sous-nationaux peut être largement améliorée. » Il s’agirait notamment de publier des comptes mensuels. L’institution internationale met le doigt sur le point faible du plan du gouvernement : Madrid ne dispose que d’un instrument principal pour réguler les dépenses des régions, mais il est de taille puisqu’il a la capacité d’empêcher les mauvaises élèves d’émettre sur le marché. « Le gouvernement manque d’instruments mais aussi de volonté dans l’application de ceux dont il dispose », reconnaît Fernando Fernández, économiste à l’IE Business School de Madrid, en citant en exemple la « rébellion » de la Catalogne. Région parmi les plus endettées, son gouvernement n’a pas hésité à recourir à une émission obligataire l’année dernière. Et le nouvel exécutif catalan, au pouvoir depuis décembre 2010 et mené par les conservateurs nationalistes catalans de CiU, a déjà annoncé qu’il pensait dépasser la limite de déficit imposée malgré une coupe de 10 % dans ses dépenses. Cette question sera débattue en juillet lors d’un conseil réunissant exécutifs centraux et régionaux.

Des plafonds de dépenses

« Nous estimons que les mécanismes existants sont insuffisants et qu’il auraient besoin d’être mieux contrôlés », abonde Barclays Capital dans une récent note d’étude. La banque d’affaires évoque l’idée de fixer des plafonds de dépenses au niveau régional. De telles limites devraient être introduites pour le gouvernement central et les mairies dans le budget 2012. La Banque d’Espagne adhère pleinement au principe d’un plafonnement pour les régions et suggère que le gouvernement central dispose d’un pouvoir de sanction pour les récalcitrantes.

Du côté du ministère de l’Economie, on se déclare en faveur de cette solution tout en rappelant qu’il revient aux parlements régionaux d’adopter cette décision. Or la plupart des régions sont désormais gouvernées par la droite, ce qui risque de compliquer le dialogue entre Madrid et les régions. Le message arrive tout de même à passer. Ainsi, efficacité et austérité sont les mots d’ordre affichés par la nouvelle présidente conservatrice de Castille-La-Manche, María Dolores de Cospedal, l’une des régions les plus endettées. Elle promet d’introduire un plafonnement des dépenses, tout comme l’exécutif conservateur de la région de Valence, fraîchement réélu et également champion de l’endettement.

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