Dossier Gestion alternative

Un regard de plus en plus vigilant sur les « newcits »

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Les fonds alternatifs sous format Ucits confirment leur succès. Mais ils sont scrutés de près par les régulateurs.

Avec une collecte en hausse de 70 % en 2010, à 25 milliards d'euros, les newcits, ces fonds alternatifs au format Ucits, c’est-à-dire conformes à la directive européenne OPCVM, s'imposent comme une véritable solution de remplacement aux hedge funds offshore, voire aux fonds de hedge funds. Il existe aujourd'hui quelque 1.000 fonds ce type, pesant 114 milliards d'euros à fin septembre 2010 d'après Strategic Insight. « Les 'newcits' pèsent moins de 10 % des encours des fonds offshore, explique Laurent Minvielle, directeur de la multigestion alternative d'Edmond de Rothschild Investment Managers (EDRIM). Mais 50 % de la collecte en fonds alternatifs s'est dirigée vers des fonds de type Ucits l'an dernier. »

Des contraintes

La transparence et la régulation apportées par la réglementation Ucits plaident, aux yeux de nombreux investisseurs, largement en faveur de ces produits dans le contexte d'aversion au risque post-crise. « Les 'newcits' ne sont pas des clones de 'hedge funds', remarque cependant Fabrice Cuchet, responsable de la gestion alternative de Dexia AM. Il s'agit d'une offre complémentaire apportant des contraintes et des protections différentes. » Car si le cadre réglementaire des Ucits apporte en effet de la transparence, il crée aussi de nombreuses contraintes par rapport aux structures offshore ou onshore dédiées à l'alternatif. Les contraintes de liquidité, la limitation de l'effet de levier et certaines restrictions quant aux actifs éligibles ne permettent pas de gérer tout type de stratégie alternative dans un format Ucits. Les stratégies les plus liquides, comme le global macro ou les CTA (commodity trading advisors), conviennent parfaitement au cadre OPCVM. A l'inverse, les stratégies peu liquides comme celle sur les small caps ne sont pas adaptées. « Il n'y a ni 'gates', ni 'side pocket' dans les Ucits, indique Fabrice Cuchet. Or cette liquidité a un coût : vous ne devez donc pas attendre la même performance sur un 'newcits' que sur un fonds alternatif offshore. »

Mais l'appétit des investisseurs pour ces produits réglementés est tel que la tentation de faire entrer coûte que coûte certaines stratégies dans l'enveloppe Ucits est grande. Au risque de dérives, qui n'ont pas échappé à l'Autorité européenne des marchés financiers (Esma). Son président, Steven Maijoor, a ainsi annoncé qu'une consultation serait lancée dans les prochains mois sur les OPCVM complexes, dont les hedge funds commercialisés sous format Ucits. « Nous devons comprendre, en tant que régulateurs, comment ils sont structurés et comment ils fonctionnent, pour des raisons de stabilité mais aussi de traitement des investisseurs particuliers », expliquait-il à L'Agefi Quotidien le 9 mai.

Une consultation dont se réjouit Laurent Minvielle d'EDRIM : « En se penchant sur la structuration de ces produits, l'Esma va mettre en lumière certaines pratiques et les risques associés, notamment les risques de contrepartie ». Pour l'heure, certains investisseurs se contentent de la présence du tampon Ucits pour souscrire, sans pousser aussi loin les due diligence que pour un fonds offshore. « Certains 'newcits' présentent des risques opérationnels ou liés à la liquidité, insiste Laurent Minvielle. Il faut rester vigilant dans le 'process' de sélection pour les newcits comme pour les 'hedge funds'. »

De son côté, l'Efama (European Fund and Asset Management Association) vient de publier un rapport sur « le phénomène newcits » dans lequel elle rassure sur la protection apportée par l'enveloppe Ucits, en particulier aux investisseurs privés. Pour l'association, il ne faut pas stigmatiser les fonds de performance absolue au format Ucits par une appellation spécifique (les newcits) car ces produits sont en cohérence totale avec la réglementation actuelle, en passe d'être renforcée au 1erjuillet 2011 avec l'entrée en vigueur de la Directive Ucits IV.

« Swaps » de performance

L'un des points sensibles des newcits est leur interdiction d'investir sur les matières premières. « Cette interdiction était au départ liée au potentiel risque de livraison physique des matières premières, mais ce risque est aujourd'hui purement théorique », juge François Bonnin, président de la société de gestion alternative indépendante John Locke Investments. La solution trouvée par certaines sociétés de gestion consiste à utiliser des swaps de performance pour s'exposer à telle ou telle matière première dans un format Ucits. « Cela crée à la fois un risque de contrepartie et un coût supplémentaire pour le fonds », estime Laurent Minvielle. Un point de vue que ne partage pas François Bonnin, qui a entrepris toutes les démarches pour pouvoir très prochainement intégrer des swaps sur matières premières dans un format Ucits. « Si l'opération est bien conçue, elle n'apporte pas de risque supplémentaire par rapport à un investissement en 'futures', elle peut même aller jusqu'à le réduire et son coût est négligeable », explique-t-il.

La mise en lumière par l'Esma des risques propres aux hedge funds au format Ucits permettra sans doute de sortir des caricatures actuelles : tous les hedge funds offshore ne sont pas des boîtes noires dangereuses, de même que l'enveloppe Ucits ne constitue pas à elle seule une garantie de sécurité pour l'investisseur. 

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