Dossier Forum de la Gestion d'actifs

Regain d'intérêt pour les fonds de dette subordonnée bancaire

le 11/10/2012 L'AGEFI Hebdo

L'éloignement du risque de crise systémique dans la zone euro et l'entrée en vigueur de Bâle III modifient la donne pour ces produits.

La dette subordonnée bancaire a été longtemps négligée par les investisseurs, à la fois considérée comme une classe d'actifs technique et jugée trop risquée », résume Mathieu Chabran, directeur général de Tikehau Investment Management. Lancés après la crise de 2008 pour profiter de l'effondrement des valorisations, les fonds spécialisés dans la dette hybride ont pris de plein fouet la crise de la dette souveraine de la zone euro à l'été 2011, entraînant les performances dans le rouge. Mais depuis le début l'année, les investisseurs ont appris à mieux apprécier la classe d'actifs.

La bonne performance des fonds explique en partie le regain d'intérêt des clients pour ces produits. Plus précisément, le secteur financier dans son ensemble semble revigoré par l'éloignement du risque de crise systémique, notamment depuis le discours du président de la Banque centrale européenne Mario Draghi début septembre, annonçant le lancement d'un programme illimité d'achats de titres souverains.

« La crise de 2008 puis celle de la zone euro ont précipité la chute des valorisations des dettes subordonnées financières. Parallèlement, la réglementation dite Bâle III va inciter les banques à racheter leur dette hybride, indique David Benamou, président d'Axiom Alternative Investments. La conjonction de ces deux facteurs crée un environnement favorable pour les investisseurs. » 

L'entrée en vigueur de la directive Bâle III au 1er janvier 2013 va changer la donne pour les banques. Elles procèdent au renforcement de leurs fonds propres, mais les titres subordonnés existants ne peuvent y contribuer intégralement. « Les titres subordonnés se sont révélés inefficaces pour absorber les pertes pendant la crise de 2008. Le régulateur a donc décidé de changer les règles en ajustant les caractéristiques techniques des nouvelles émissions, explique Julien de Saussure, gérant d'EDR Signature Financial Bonds chez Edmond de Rothschild IM. Les anciennes émissions seront peu à peu disqualifiées entre 2013 et 2022, c'est-à-dire qu'elles perdront peu à peu leurs caractéristiques de fonds propres. »

Rachats au pair

Logiquement, les banques devraient racheter ces anciens titres subordonnés devenus « inutiles » en termes de renforcement des fonds propres. « Les banques vont progressivement racheter ces titres au pair, ce qui représente un potentiel de plus-value très important pour notre fonds puisque le prix moyen du portefeuille est actuellement de 68 % du pair », indique David Benamou, dont le fonds Axiom Obligataire enregistre une hausse de 32,8 % depuis le début de l'année. Les fonds spécialisés dans la dette hybride voient donc l'avenir en rose, même si le rally a largement démarré ces derniers mois.

« Les banques vont rappeler en priorité les titres avec une clause de 'step-up', prévoyant un rendement supérieur en l'absence de rachat après dix ans. Notre portefeuille est à 90 % composé de titres de ce type », précise Julien de Saussure chez EDRIM, dont le fonds progresse de 23 % depuis le 1er janvier. Certains investisseurs utilisent ces produits obligataires comme une solution moins risquée à un investissement en actions financières. C'est notamment le cas des family offices, assez friands, pour leurs clients, de ce type de produits. 

« La dette subordonnée financière permet de s'exposer au secteur financier avec un risque bien moindre, souligne Mathieu Chabran. Ainsi, la volatilité 360 jours de notre fonds s'élève à 8,4 % alors qu'elle est de 35,5 % pour les valeurs bancaires de l'indice DJ EuroStoxx 600. » Son fonds Tikehau Subordonnées Financières enregistre une hausse de 19,8 % depuis le 1er janvier pour la part institutionnelle.

A lire aussi