L'avis de... Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures

« La réforme du Livret A, un impact de 6 milliards d'euros sur l'assurance-vie »

le 13/09/2012 L'AGEFI Hebdo

A combien estimez-vous l’impact du relèvement des plafonds du Livret A et du Livret de développement durable (LDD) sur l’assurance-vie ?

L’impact se fera sentir sur la collecte fraîche, en termes de moindres flux entrants. La question ne se posera pas en termes de rachats massifs et d’importantes sorties supplémentaires. N’exagérons pas. Nous ne sommes pas dans une phase de désamour total des Français pour l’assurance-vie, et surtout l’assurance-vie présente une certaine viscosité. En dépit de la possibilité offerte de retraits partiels, ce n’est pas un produit d’épargne liquide. Il est coincé entre les huit années de détention pour ne pas se retrouver « fiscalisé » et la détention au-delà de 70 ans pour bénéficier du régime favorable en matière de droits de succession. Nous avons calculé que la réforme des livrets entraînera des moindres versements d’environ 6 milliards d’euros d’ici à fin 2013. Cela correspond à une augmentation de la décollecte mensuelle de 500 millions d’euros. Certains mois, on pourrait avoir une décollecte d’environ 1,7 milliard. Gardons à l’esprit que le taux du Livret A pourrait être revu au 1er février 2013 à un niveau situé entre 1 % et 1,5 %.

Décollecte liée au vieillissement des contrats, impact de Bâle III, rendements très faibles, et maintenant concurrence des livrets réglementés... Que doivent faire les assureurs-vie ?

Faire le dos rond. Les professionnels vont surtout devoir envoyer un signe au marché en servant un rendement moyen minimum de 3,10 %-3,20 % pour 2012. En dessous du plancher de 3 % - qui, je le rappelle, délivre en réalité un 2,53 % après prélèvements sociaux -, il est à craindre que les épargnants délaissent le produit jugé trop faiblement rémunérateur. Or notre hypothèse minimale pour l’exercice 2012 est de 2,70 %. Pour parvenir à 3 %, les assureurs ont la possibilité de puiser quelques dizaines de points de base dans la PPE, la provision pour participation aux excédents, qui après tout appartient aux assurés. Nous estimons qu’il y a en réserve entre 110 et 180 points. A partir de 2013, nous tablons sur une hausse du rendement de l’OAT. La pression sur les assureurs-vie devrait alors se relâcher un peu.

A lire aussi