Référendum en Ecosse, les milieux bancaires dans l’expectative

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Le débat sur l’indépendance du pays s’enflamme. Les principaux acteurs de la finance refusent de se laisser entraîner sur le terrain politique.

Début février, le Premier ministre britannique David Cameron a clairement affiché son soutien à une Ecosse rattachée au Royaume-Uni. Si le « oui » gagne du terrain dans les sondages les plus récents, l’incertitude sur l’issue finale du référendum qui se déroulera le 18 septembre prochain reste entière.

D’ores et déjà, le ton est monté d’un cran dans les sphères politiques de Westminster, avec l’opposition claire et nette du chancelier de l’Echiquier, George Osborne, à l’hypothèse d’une union monétaire avec une Ecosse indépendante, une option défendue à l’heure actuelle par le gouvernement écossais. L'autre grand sujet à débat est la question de l’appartenance à l’Union européenne. Une chose est sûre, la victoire du « oui » aboutirait à un surdimensionnement du secteur des services financiers écossais comparé au reste de l’économie, s’il demeurait en l’état. Une étude d’impact réalisée par le gouvernement britannique au printemps dernier estimait que les actifs bancaires, et parmi eux ceux de RBS, Bank of Scotland (groupe Lloyds Banking Group) et Clydesdale Bank, représenteraient 1.250 % du PIB écossais – comparé à 492 % au Royaume-Uni. De quoi faire peser un sérieux risque sur les contribuables dans l’éventualité d’une crise bancaire.

« Le Premier ministre écossais Alex Salmond ne pourrait absolument pas se permettre de soutenir le secteur bancaire », estime un analyste du secteur. Dans le cadre d’une Ecosse indépendante, le sauvetage de RBS, qui avait reçu 45 milliards de livres de l’Etat britannique au plus fort de la crise financière, aurait représenté 211 % du PIB écossais, laissant craindre des conséquences budgétaires difficiles à contenir.

« Se pose aussi la question de la stabilité du cadre réglementaire britannique », avance de son côté Mark Boleat, président en charge de la réglementation et du comité des ressources de City of London. « Londres bénéficie à l’heure actuelle d’une véritable stabilité qui repose sur une infrastructure réglementaire réformée autour de la Banque d’Angleterre, la FCA et la PRA*. En cas de victoire du 'oui', la création d’un nouveau régulateur serait inévitable en Ecosse. »

Délocalisation des entreprises ?

L’accès au marché unique européen serait aussi remis en question. « Sous les règles européennes, une Ecosse indépendante deviendrait une nouvelle juridiction réglementaire séparée », expliquait récemment Owen Kelly, directeur général de Scottish Financial Enterprise. « Dans la mesure où les produits et services financiers sont créés en fonction de la fiscalité, de la protection des consommateurs et des régimes réglementaires, toute divergence avec le reste du Royaume-Uni pourrait miner le marché unique et créer une incertitude sur la compétitivité des fournisseurs basés en Ecosse. »

Face à la multiplication des risques, le scénario d’une restructuration interne des principaux établissements financiers en Ecosse fait son chemin : « S’il est vrai que des banques peuvent être domiciliées dans des Etats de petite dimension comme le montre l’exemple suisse, l’intérêt de RBS serait probablement de re-domicilier une certain nombre de ses opérations à Londres dans la mesure où la domiciliation dans une petite ville a toutes les chances d’inquiéter ses clients », explique Geoffrey Wood, professeur d’économie à la Cass University. Pour le moment, les établissements concernés se refusent à évoquer d’hypothétiques scenarii. « L’industrie des services financiers ne tient pas à rentrer dans ce débat politique car cette question s’accompagne aussi d’un débat passionné parmi les salariés de ces établissements », explique Mark Boleat, mais de manière générale, le degré d’incertitude actuel entourant cette question est très dommageable. »

Ross McEwan, directeur général de RBS, qui emploie 12.000 personnes en Ecosse, a voulu calmer le jeu en signalant que « s’il devait adapter ses opérations pour servir les besoins de l’Angleterre, de l’Ecosse, du pays de Galles et de la République d’Irlande, il le ferait ». Du côté du gérant Aberdeen Asset Management, la précipitation ne se justifie pas : « Tout changement induit par la victoire éventuelle du 'oui' ne serait pas mis en place en un jour. L’indépendance pourrait prendre des mois, voire des années, si elle se matérialisait », a fait savoir son porte-parole. Mais d’ores et déjà, l’incertitude autour du référendum pèse sur les choix géographiques des entreprises. « Il n’est pas rare d’entendre certaines entreprises préférer à l’Ecosse d’autres centres financiers pour y lancer des opérations », conclut Mark Boleat.

* FCA : Financial Conduct Authority.

PRA : Prudential Regulation Authority.

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