Rechute en récession pour la zone euro

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

C’est la deuxième fois en quatre ans. Le « double dip » n'a pu être évité sous les coups de boutoir des programmes d'ajustement budgétaire.

Demandeurs d’emploi espagnols en octobre 2012. L’Espagne, comme les Pays-Bas ou l’Italie, décroche nettement.

C’est officiel. La zone euro est de plain-pied en récession : la deuxième en quatre ans. Une récession « technique » au sens où l’entendent les organismes statistiques, c’est-à-dire deux trimestres d’évolution négative du PIB. La première avait duré quatre trimestres (du printemps 2008 au printemps 2009). Elle avait été d’une violence inouïe avec un premier trimestre 2009 s’effondrant d’un seul coup de 2,8 %. La production industrielle s’était écroulée de 20 % en l’espace de quelques mois, ramenant les économistes à leurs livres d’histoire et à la crise de 1929. L’avantage d’une telle purge est qu’elle ne peut pas durer longtemps. Des chiffres positifs lui ont succédé, créant l’illusion d’un rebond de l’activité alors même que de nombreux pays étaient incapables de retrouver les niveaux de production qui étaient les leurs en 2007.

La France autour de zéro

Cette fois, la récession ne prend pas les allures d’un trou sans fond, mais plutôt d’une lente descente (-0,1 % au troisième trimestre et -0,2 % au deuxième). Ces chiffres sont une moyenne et correspondent peu en définitive à la réalité des Etats membres. Des pays comme l’Italie, l’Espagne ou les Pays-Bas décrochent nettement, d’autres tournent autour de « zéro » comme la France (-0,1 % au deuxième trimestre, puis +0,2 % au troisième) ou demeurent un peu au-dessus en équilibre instable comme l’Allemagne (+0,2 % après +0,3 %). A y regarder de plus près, le malaise de la conjoncture en zone euro prise dans son ensemble dure en fait depuis un an. Pas un seul trimestre n’a affiché un résultat positif depuis l’été 2011 (voir le graphique PIB). La production manufacturière dont les mouvements sont beaucoup plus amples (elle a diminué de 2,5 % sur le seul mois de septembre, données Eurostat) que ceux du PIB, délivre un message tranché : l’industrie est en récession depuis le dernier trimestre 2011.

Hormis en Allemagne, l’emploi, qui est un indicateur retardé de l’activité, s’est déjà dégradé rapidement. Dans un pays comme la France, abonnée « officiellement » à la croissance zéro, l’emploi salarié dans le secteur privé a diminué de 73.000 postes au cours du printemps et de l’été. En plus de l’intérim, ce sont désormais l’industrie et le secteur de la construction qui détruisent des postes. Autre exemple, le commerce extérieur de la zone dont l’excédent s’explique par la progression des exportations et la contraction des importations hors zone. Le solde « extra-zone » était déficitaire de 25 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2011. Il est désormais excédentaire de 55 milliards sur janvier-septembre 2012. Encore plus explicite, les transactions commerciales « intra-zone » ont diminué de 8 % en septembre 2012 par rapport à septembre 2011.

Dégradation

Le repli du PIB va se poursuivre, selon les analystes. « Le pire est probablement à venir avec un retournement plus prononcé au quatrième trimestre, la production montrant des signes d’affaiblissement en France et en Allemagne », explique Chris Williamson, chef économiste de Markit. Les prévisions d’automne de la Commission européenne ont revu à la baisse leurs anticipations de croissance : -0,4 % pour 2012 contre 0,1 % lors du chiffrage du printemps ; 0,1 % en 2013 contre 1 %. Les économistes de Natixis n’envisagent qu’un rétablissement « très progressif tout au long de 2013 ». Après un dernier trimestre 2012 affecté par la hausse de la TVA en Espagne, « le recul du PIB pour l’ensemble de 2012 serait de 0,4 %... Pour 2013, la croissance devrait encore s’afficher en territoire négatif, de l’ordre de -0,4 % ». « Conséquence logique de la dégradation des perspectives conjoncturelles, les cibles de déficits publics ne pourront pas être atteintes l’année prochaine, en particulier en Italie, en France et en Espagne », assure Jean-Louis Mourier, économiste à Aurel BGC. La zone euro est au cœur d’un « double dip » (double creux) qui doit beaucoup aux programmes de réduction des déficits publics et à l’austérité budgétaire que les gouvernements ont imposés à leurs pays. La sortie est lointaine et il n’y a rien à attendre des voisins les plus proches. Le Royaume-Uni, en récession depuis le début de l’année, s’en est extrait cet été grâce à l’effet tonique des Jeux olympiques. Mais le coup de pouce sera de courte durée et une rechute attend le pays au dernier trimestre. Un « tripledip » en somme.

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