Rencontre avec… Jean-François Bay, directeur général de Morningstar France

« La recherche de revenus prévaut sur la plus-value »

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Vous vous êtes intéressé au comportement des institutionnels face à la crise, à travers une enquête disponible au Forum de la Gestion Institutionnelle. Quelles en sont les grandes lignes ?

Nous souhaitions jauger les conséquences de la crise européenne sur les allocations stratégiques de ces investisseurs. Sans surprise, la frilosité sur les actifs risqués perdure, malgré un désengagement opéré depuis 2008. Sur plus de 100 répondants, les trois quarts ont exprimé leur volonté d’abaisser ou de maintenir leur exposition aux actifs risqués comme les actions, et seuls 10 % environ ont indiqué vouloir l’augmenter. A l’inverse, puisque les actions n’ont pas apporté la preuve de leur surperformance, les actifs de rendement sont privilégiés. Les institutionnels sont désormais dans une logique de yield management (gestion des rendements) au détriment d’une logique d’asset management (gestion des actifs) qui permet de jouer la valorisation du portefeuille à long terme. La recherche de revenus prévaut sur la plus-value.

Vous indiquez que les modes de gestion pourraient changer…

La défiance vis-à-vis de la gestion déléguée est palpable, notamment en gestion de taux : plus de la moitié des répondants préfère détenir des titres vifs en lieu et place de mandats de gestion ou de fonds d’investissement. La majorité des institutionnels, soumis aujourd’hui à Solvabilité I (assureurs, mutuelles, institutions de prévoyance...), est déjà incitée à détenir les obligations en direct et à les porter jusqu'à l’échéance (non-prise en compte des plus ou moins-values latentes, absence de provisions tant que l’émetteur ne fait pas défaut...). La directive Solvabilité II, quant à elle, devrait inciter beaucoup d’institutionnels à privilégier une gestion plus simple à partir de titres obligataires en direct, principalement pour des raisons de consommation de fonds propres, de contrôle des risques et de transparence. De plus, les grands investisseurs, attirés par l’obtention de rendements, souhaitent porter jusqu’à échéance leurs titres et n’ont pour cela pas besoin de recourir à un gérant d’actifs. Par ailleurs, dans un souci accru de contrôle des risques, il leur semble que la transparence est totale dans le cadre d’une détention en direct. Dernier argument avancé, la dimension extra-financière d’engagement favoriserait l’investissement en direct. Les sociétés de gestion doivent donc repenser leur métier.

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