Le rebond estival des actions lié à la parole de la BCE

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs attendent un nouvel assouplissement de la politique monétaire. Pour autant, sa confirmation n’est pas le gage d’un marché durablement haussier.

Aucun été ne se ressemble. Cette fois, les mois de juillet et d’août n’ont pas connu de krach boursier. Au contraire. Les marchés d’actions américains ont continué de monter, imités - enfin - par la plupart des Bourses européennes qui ont prolongé le mouvement de hausse qu’elles avaient entamé le 1er juin. C’est ainsi qu’au 30 août, l’indice CAC 40 enregistrait une progression de près de 7 % depuis le début de l’année et le DAX de près de 17 %.

Ce rebond est spectaculaire certes, mais peut-être pas aussi robuste qu’il y paraît. Les volumes de transactions qui l’ont accompagné sont très faibles (voir le graphique). « Cette faiblesse des volumes a été plus marquée cet été que lors des années précédentes et elle s’est observée à la fois en Europe et aux Etats-Unis », relève Bernard Aybran, directeur de la multigestion d'Invesco Asset Management. Qui plus est, malgré la montée des cours, l’hémorragie des fonds actions s’est poursuivie. La persistance de ce mouvement de sortie « semble indiquer que les investisseurs ont de fortes inquiétudes sur la capacité de la croissance mondiale à soutenir les valorisations des actions », commente Ali Masarwah, de l'équipe de recherche européenne de Morningstar.

Dans ce cas, comment expliquer que les acteurs encore investis aient joué la hausse des cours des valeurs européennes et américaines ? L’espérance de la poursuite des politiques monétaires non conventionnelles dans les deux zones, répondent les gestionnaires d’actifs. Selon eux, la probabilité que la Réserve fédérale lance un programme d’achats de titres (QE3) afin de soutenir la croissance américaine est forte. Une anticipation qui conduit d’ailleurs à quelques mouvements boursiers paradoxaux. « Les bonnes nouvelles concernant la croissance aux Etats-Unis, dont la réalisation réduit, de fait, les chances de mise en œuvre d’un QE3, ne font pas forcément progresser le marché… », observe Alexandre Hezez, responsable de la gestion de Convictions AM.

L’effet Mario Draghi

Les attentes vis-à-vis de la conduite de la politique monétaire européenne, qui a beaucoup gagné en crédibilité auprès des marchés depuis l’arrivée de Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) en novembre 2011, sont aussi devenues très importantes. Cet été, « il y a surtout eu un déclic psychologique. La BCE n’a rien décidé de concret mais elle a rassuré », notamment en indiquant (le 26 juillet dernier) qu’elle était prête à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver l’euro, commente Arnaud de Dumast, directeur de la gestion de la Banque Neuflize OBC. A présent, seules des annonces fortes de la part de la banque centrale, attendues pour sa réunion du 6 septembre, permettraient d’imaginer la poursuite de la dynamique estivale. Le marché en espère beaucoup, dont une baisse du taux refi de 25 points de base, des achats de titres courts non stérilisés, un assouplissement des prises en pension (collatéraux), voire même une nouvelle opération de refinancement à très long terme en fin d’année.

Attention toutefois, les investisseurs ont coutume d’acheter la rumeur et de vendre la nouvelle… Il se peut donc que les Bourses corrigent de façon inopinée, juste au moment où la BCE dévoilera son nouvel arsenal de mesures. L’ensemble des experts de marché reconnaissent que son action depuis fin 2011, avec les deux injections de liquidités massives de décembre et février derniers (LTRO à 3 ans), la volonté de construire une union bancaire au sein de la zone euro ainsi que les démarches constructives en faveur d’une recapitalisation des banques espagnoles, ont permis « de lever le risque systémique bancaire en Europe. Cela explique le rebond estival des cours de Bourse des banques européennes », indique Arnaud de Dumast. A l’avenir, leur valorisation boursière devrait dépendre un peu plus de leurs fondamentaux et de la conjoncture.

Les valeurs cycliques également ont largement rebondi. « Est-ce le signal d’un prochain rattrapage de l’activité en Europe ? » s’interroge le gestionnaire d’actifs. Au vu des récentes données publiées, affirmer qu’un point bas de la conjoncture en zone euro a déjà été atteint est sans doute aller un peu vite en besogne.

Quoi qu’il en soit, « les facteurs qui ont rendu les marchés d’actions structurellement baissiers en tendance longue ('bear market') n’ont pas disparu », avertit Bernard Aybran. En effet, dans un contexte de deleveraging, les grands investisseurs sont incités, par voie réglementaire s’il le faut, à acquérir des emprunts d’Etat. Lorsque l’on est boursier, mieux vaut donc apprendre à savoir profiter des « bear market rallies » dès lors qu’ils se manifestent. Le vent tourne vite dans un sens comme dans un autre.

A lire aussi