Realta 360 finance les entreprises industrielles avec de la titrisation

le 28/04/2011 L'AGEFI Hebdo

En passe d’être lancé, le véhicule regroupe des contrats de location financière portant sur des équipements stratégiques de sociétés françaises et allemandes.

Sans attendre Bâle III ni ses effets restrictifs sur le crédit bancaire (lire aussi page 8), le fonds Realta 360 propose aux entreprises une solution alternative. La société d’investissement ChetWode qui arrange le montage a, pour ce faire, prévu rien moins que de combiner les techniques de sale and lease-back avec celles d’une titrisation !

A la base, la solution propose aux entreprises de financer leurs actifs industriels sous forme de location financière. « Le marché du ‘leasing’ représente environ 200 milliards de nouveaux financements par an en Europe, rappelle Jean-Baptiste Magnen, président de ChetWode. Or la location financière est pratiquée à 80 % par des filiales de banques, lesquelles prêtent aux entreprises selon les mêmes restrictions qu’en matière de crédit bancaire. » D’où la démarche de ChetWode, consistant à financer des biens industriels neufs mais aussi et surtout d’occasion (sale and lease-back) en se fondant sur une analyse précise non seulement des entreprises mais surtout des équipements et de leur valeur stratégique. « Tout en nous assurant que l’emprunteur dispose d’une santé et d’un plan d’affaires acceptables, nous nous calons sur la valeur de revente des équipements, c’est-à-dire à un niveau plus protecteur que la valeur commerciale à neuf fixée par le constructeur », indique Jean-Baptiste Magnen. Les études prennent par exemple en compte les coûts de démontage et d’acheminement d’une machine en cas de cession. Sur une équipe de dix personnes, ChetWode compte deux experts en valorisation d’équipements et, au besoin, il fait appel à des évaluateurs externes. En outre, un surdimensionnement est prévu, le crédit accordé ne dépassant pas 80 % de la valeur du bien arrêtée. Plusieurs sûretés permettent par ailleurs de limiter les risques, comme la délégation des indemnités d’assurance, ou le dépôt en garantie, par l’emprunteur, de 10 % du montant du financement reçu.

Investisseurs non bancaires

Deuxième niveau du montage, le financement est sollicité auprès d’investisseurs non bancaires. Pour améliorer leur risque, il est prévu que le fonds Realta 360 rassemble plusieurs contrats de location - entre 25 et 30 - au sein d’une société de location financière (Orvif-L), laquelle va déléguer ses créances à un fonds commun de titrisation (FCT). Les investisseurs, en majorité des fonds d’investissement, miseront ainsi sur des obligations émises par le FCT et représentant l’ensemble des contrats. La relation entre les investisseurs et le FCT ainsi que la gestion de celui-ci seront assurées par la société de gestion 360AM, partenaire de ChetWode et comptant à ce jour sept fonds sous gestion pour un total de 160 millions d’euros. En même temps, le montage bénéficie de la collaboration de BNP Paribas Securities Services comme dépositaire et de France Titrisation. Le cabinet Gide Loyrette est également intervenu sur les aspects juridiques de la titrisation. « Le véhicule devrait lever une centaine de millions d’euros selon des engagements unitaires de 1 à 5 millions, l’important étant de pouvoir investir les fonds en l’espace de douze mois », précise Jean-Baptiste Magnen.

Pour alimenter le volant des financements qui permettront à la structure de démarrer - le lancement est prévu d’ici à juillet -, ChetWode compte sur son activité courante, qui consiste déjà à mettre en rapport des investisseurs avec des entreprises ayant besoin de financer des actifs industriels. « Notre courant d’affaires s’élève en permanence à 25 ou 30 opérations, ce qui nous permettra d’investir dès le bouclage du fonds entre le quart et le tiers des sommes collectées, anticipe Jean-Baptiste Magnen. Le rendement des investissements en dépend, sachant que les perspectives de retour présentées aux investisseurs s’élèvent à 6 % par an pour des placements d’une maturité moyenne de trois ans. Le rendement total doit atteindre, in fine, 8 % compte tenu d’un bonus versé à la fin de l’opération, grâce aux comptes de réserve où sont logés les dépôts de garantie (les 10 % versés par les emprunteurs ainsi que la réserve d’intérêts et une partie des commissions de structuration). Ce compte de réserve représente la tranche junior de la structure de titrisation, épongeant les premières pertes. »

Depuis sa création en 2003, ChetWode a mis en place des transactions pour un montant de 320 millions d’euros, le portefeuille actuel comptant 75 millions d’actifs. Au fil de son développement, la société a diversifié ses cibles géographiques, la France ne représentant plus que 60 % de l’activité et la part de l’Allemagne allant croissant. « Nous voyons affluer vers nous une demande croissante d’entreprises d’outre-Rhin, en butte aux difficultés des Landesbanken à s’engager à leurs côtés », assure Jean-Baptiste Magnen. 

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