L'avis de... Rym Ayadi, chef de l'unité Institutions financières du Center for European Policy Studies

« Les ratios de capital bancaire sont manipulés »

le 13/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Dans une récente étude, vous contestez l'approche actuelle d'évaluation des risques bancaires. Pourquoi ?

Nous avons cherché à établir une vraie image du profil de risque d’un échantillon de 26 banques européennes. Nous avons constaté des manipulations des ratios de capital. Prenons le cas de Dexia : en 2006, le ratio capital/actif (equity ratio) était de 3,3 % et le ratio Tier one de 9,8 %. En 2007, ces ratios passent respectivement à 2,7 % et 9,1 %, puis, en 2008, à 0,9 % et 10,6 %. Cette divergence s'explique par la pondération erronée des risques dans le calcul du Tier one et par les failles des modèles d'évaluation interne des banques.

Les « crédit default swaps » (CDS) ne fournissent-ils pas une information externe sur le risque ?

Les CDS ne fournissent pas non plus d'indication valable car le marché a intégré l'aléa moral, que ce soit sur le risque de liquidité garanti par les banques centrales ou sur le risque de solvabilité garanti par les Etats. Ici, le marché n'est pas efficient.

Vous relevez une autre anomalie : plus les banques de l'échantillon sont proches du défaut, plus leur niveau de risque est faible, ce qui est absurde. Comment l'expliquez-vous ?

Effectivement, on observe une corrélation entre le Z-score, qui mesure la distance à un défaut, et l'actif pondéré au sens de Bâle. L'explication la plus plausible est que les banques d'investissement utilisent les produits dérivés pour diminuer leur actif pondéré par le risque. Or ces activités dérivées sont très peu capitalisées. Il faudrait ouvrir les yeux sur ce type de pratique, faire le constat que l'on ne peut pas se reposer sur les ratios de Bâle, particulièrement pour les banques d'investissement et de gros, et trouver de nouvelles solutions réglementaires.

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