Le ralentissement mondial a un impact réduit sur les cours du pétrole

le 11/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Effet attendu du programme QE3 de la Réserve fédérale et embargo sur le pétrole iranien maintiennent les prix à haut niveau.

Une grande partie de l’Europe est en récession, l’économie américaine ne connaît plus les taux de croissance qui lui permettaient par le passé d’assurer le plein-emploi et les grands pays émergents font face à une nette baisse de régime. Le ralentissement est mondial et, en principe, tout est en place pour une baisse des cours du pétrole. En principe seulement car les prix du brut restent à des niveaux élevés, le Brent se situant au-delà de 110 dollars le baril ces jours derniers. Depuis le début de l’année, les fluctuations des cours alternent des périodes de trois mois : une progression tout au long du premier trimestre de 10 %, une descente au cours des trois mois suivants de 20 %, puis à nouveau une remontée de 15 % au cours de l’été.

Ces oscillations indiquent que les fondamentaux macroéconomiques (le ralentissement de la croissance économique mondiale) sont loin de constituer les déterminants uniques du marché. Non seulement les stratégistes sont nombreux à ne pas anticiper une baisse des cours, mais de surcroît ils envisagent une légère hausse dans les mois qui viennent, pouvant aller jusqu’à 120 dollars le baril à la fin de l’année, selon les analystes de Bank of America Merrill Lynch. « Nous tablons sur une hausse des prix pendant les trois à six prochains mois », explique Harry Tchilinguirian, stratégiste de BNP Paribas CIB.

Contre-tendances

La mise en œuvre de la troisième phase d’assouplissement quantitatif (QE3) de la part de la Réserve fédérale, consistant à racheter sans limite des titres de dette hypothécaire, est susceptible, comme l’a montré la deuxième phase, de déprécier le dollar. « Or il existe une relation inverse bien établie entre une baisse du dollar - la monnaie de facturation du pétrole - et une hausse des cours du brut », indique Harry Tchilinguirian. Un autre facteur de hausse des cours est l’embargo sur le pétrole iranien. Les Etats-Unis sont en train d’accroître les pressions sur l’Inde, la Chine, le Japon et la Corée, pour que ces pays réduisent leurs approvisionnements en Iran. « De son côté, Téhéran va provoquer de l’agitation politique, ce qui ne manquera pas de soutenir les cours, poursuit le stratégiste de BNP Paribas. Toutes ces tensions vont tester les capacités excédentaires de production de l’Arabie Saoudite. » Troisième élément de soutien : les autorités chinoises pourraient prendre une série de mesures pour stimuler l’économie, comme desserrer les conditions monétaires. Pour ce faire, il va falloir attendre la transition politique et l’arrivée d’une nouvelle équipe au pouvoir à l’issue du congrès du Parti communiste début novembre.

Du côté des facteurs susceptibles d’influer à la baisse les cours, il est difficile de compter sur un surplus de production des Nopep*. La Russie a beau atteindre une production record de l’ère post-soviétique avec 10,4 millions de barils/jour (5,4 millions exportés), les Nopep sont au maximum de leurs capacités. Quant au développement en Amérique du Nord des gisements de pétrole de schiste, capable de faire accéder l’économie américaine à l’indépendance énergétique et donc de libérer de l’offre en desserrant la contrainte sur la production, il pèche par « manque d’infrastructures pour acheminer le pétrole vers la cote est. Les pipelines et les lignes de chemin de fer pour le transporter seront prêts au mieux en 2013 », précise Harry Tchilinguirian. C’est à long terme que le « choc technologique » du gaz de schiste se fera sentir, selon une étude d’AlphaValue pour qui le Brent pourrait tomber à 50 dollars en 2015. Pour les auteurs de l’étude, le marché du pétrole est en train de passer d’un marché de vendeurs, caractéristique de la période 2004-2011, à un marché d’acheteurs. 

*Non membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole.

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