Le Qatar cherche à diversifier ses sources de revenus

le 24/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Les investissements en capacités de production de gaz naturel liquéfié sont suspendus. Ceux dans les infrastructures et l’immobilier s’étoffent.

En glissement annuel, le PIB du Qatar n’a progressé que d’un « petit » 5,9 % au troisième trimestre 2012. Qu’arrive-t-il au premier exportateur mondial de gaz, habitué, depuis quelques années, à délivrer des taux de croissance à deux chiffres ? Des trains gaziers ont été arrêtés pour maintenance, ce qui a conduit à une réduction de l’activité du secteur minier et de l’extraction, explique la Qatar's Statistics Authority. Surtout, les autorités du pays ont décidé d’un moratoire des investissements en capacités de production supplémentaires de LNG (liquefied natural gas ou gaz naturel liquéfié) jusqu’en 2015. Aujourd’hui, la priorité est donnée au financement de la diversification d'une économie dépendante des dépenses publiques et très peu nantie en secteur privé, conformément aux principes édictés dans la feuille de route « Qatar National Vision 2030 ». L’ambition du Qatar est « d’assurer la pérennité de son développement en prévision de l’épuisement de ses réserves d’hydrocarbures », commente Pascal Devaux, économiste senior de BNP Paribas.

Augmenter des capacités de production de LNG, qui tournent à plein - elles se sont considérablement accrues en dix ans, de moins de 17 millions de tonnes par an en 2000 à 77 millions en 2011, selon Qatar Petroleum -, n’est plus nécessaire. Le marché gazier mondial pourrait changer de visage si les Etats-Unis, devenus autosuffisants grâce au développement du gaz de schiste, se mettaient à exporter à leur tour. « Leurs prix seront plus compétitifs que ceux des pays du Golfe, liés à l’évolution du pétrole. La percée des Américains, dans une perspective de moyen terme, pourrait compromettre la conquête de nouveaux marchés », analyse Pascal Devaux. L’émergence de la concurrence américaine ne devrait toutefois pas mettre en péril « les liens commerciaux noués depuis longtemps avec le Japon et la Corée du Sud, et qui ont signé des accords de long terme », ajoute-t-il.

L’Asie est la zone de prédilection du Qatar. Le pays du Soleil levant et celui du Matin calme sont la destination de respectivement 27 % et 22 % de ses exportations. L’Inde est son troisième partenaire en représentant 10 % de sa part à l’export, tandis que les échanges avec l’empire du Milieu montent en puissance. « Les exportations vers la Chine ont progressé rapidement (de 68,1 % au troisième trimestre en glissement annuel) grâce à un nouveau contrat dans le LNG », précise la recherche économique de Qatar National Bank (QNB).

Double rentier

Autre caractéristique de la balance commerciale du troisième trimestre 2012, les importations ont augmenté de 10,7 % par rapport au trimestre précédent, « en grande partie en raison de l’achat d’équipements de transport », décrypte QNB. Et pour cause, depuis 2012, « l’investissement qatari se concentre sur les infrastructures et l’immobilier », rappelle Pascal Devaux. Mais son intensité pourrait être amenée à diminuer. Les autorités qataries, qui ont tiré des leçons de la crise immobilière de Dubaï, souhaiteraient éviter une situation de surinvestissement et de surexposition des banques domestiques. Ce serait d’ailleurs déjà le cas, selon la banque d’investissement de Bahreïn, Sico.

La transformation envisagée de l’économie du Qatar pourrait donc prendre plus de temps que prévu. En attendant, le budget de l’Etat qatari continue d’être alimenté par la rente des hydrocarbures, contribuant à près des deux tiers de ses revenus. Une deuxième rente commence à compter, observe Pascal Devaux, calculant que « les revenus de l’ensemble des placements financiers réalisés à l’étranger (principalement en titres souverains américains ou européens) via le fonds souverain, Qatar Investment Authority, représentent déjà un cinquième des revenus publics ». L’économie du Qatar est très dépendante de l’extérieur. 

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