Publications semestrielles, une saison sans saveur

le 18/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Le marché a déjà beaucoup réduit ses attentes. Les effets des hausses des taux d’intérêt et du dollar pourraient toutefois jouer les trouble-fête.

La saison des publications des résultats semestriels des entreprises démarre. Seront-elles à la hauteur des attentes du marché ? Dans l’ensemble, « les annonces ne devraient pas être catastrophiques », prévoit Christian Parisot, économiste d'Aurel BGC. Pour autant, les chiffres qui seront publiés ne devraient pas être flamboyants non plus. Est-il nécessaire de rappeler la faiblesse de la macroéconomie qui a caractérisé ce premier semestre 2013, assombri par la récession de la zone euro, les interrogations quant aux taux de croissance futurs du PIB américain, l’affaiblissement du dynamisme des économies émergentes  ? Ces éléments ne manqueront pas d’apparaître dans la plupart des résultats des entreprises européennes et américaines.

Pour la plupart, ces paramètres ont été pris en compte par les analystes financiers. Depuis décembre 2012, ceux-ci ont revu à la baisse leurs prévisions de bénéfices de multiples fois (voir le graphique). Il est vrai que grâce aux publications trimestrielles détaillées (dites « pre-earnings »), les « grandes entreprises américaines guident le consensus, permettant d’éviter des déceptions trop brutales », rappelle Christian Parisot. En Europe, peu de sociétés s’adonnent à cet exercice. Le jeu de l’anticipation y est bien plus ardu.

Un œil sur les banques

Aujourd'hui, le consensus du marché table sur une croissance de 2,4 % des bénéfices par action (BNPA) au deuxième trimestre 2013 par rapport au deuxième trimestre 2012 aux Etats-Unis, mais « une baisse de 0,9 % hors secteur financier », précise Cyrille Collet, directeur de la gestion actions de CPR AM. Les bénéfices d'ensemble sont dynamisés par la contribution des financières qui se refont une santé depuis 2012. En Europe, cette tendance est encore plus marquée. La progression attendue des BNPA de l’ensemble des entreprises au deuxième trimestre est de 8 % et celle des BNPA des banques de 100 %. Pour l’ensemble de l’année, l’augmentation prévue des BNPA des sociétés européennes est de 7 %, dont 5 points fournis par le secteur bancaire. « Les banques européennes ont un poids plus important dans les indices boursiers de la zone euro que les financières américaines dans la cote américaine, commente Cyrille Collet. En outre, les banques européennes ont deux ans de retard par rapport aux banques américaines en termes de reconstitution des fonds propres. Leur redressement ne fait que commencer. »

Cela ne signifie pas pour autant que la vie du secteur financier américain sera un long fleuve tranquille. La perspective de l’application de Bâle III à partir de janvier 2014 pourrait provoquer quelques remous. Selon la Réserve fédérale (Fed), suivant ces règles, il manque encore 63 milliards de dollars de capitaux propres aux grandes banques définies comme « systémiques ». Lors de la publication de leurs résultats, les actionnaires « vont scruter le discours de leurs dirigeants afin de vérifier qu’ils ne projettent pas de procéder à des augmentations de capital trop dilutives », explique Christian Parisot. L’autre sujet bancaire susceptible d’attirer l’attention du marché est l’effet de la récente hausse des taux longs, qui s’est immédiatement répercutée sur les taux hypothécaires. Un mouvement susceptible de freiner la reprise immobilière. « Le refinancement des prêts immobiliers s’est effondré. Les ménages se sont inquiétés de la montée subite des taux d’intérêt. En revanche, le crédit à la consommation, moins sensible, se maintient », observe Christian Parisot.

Un autre risque apparu avec la hausse des taux d'intérêt est la hausse du dollar par rapport aux autres devises. « C’est le risque majeur qui pourrait peser sur les résultats des entreprises américaines », analyse Christian Parisot. Les mouvements violents de changes des dernières semaines sont encore minimisés dans les calculs des analystes. Ils représentent seulement 0,5 % de la révision à la baisse des BNPA en un mois. Ce n’est pas le cas des incertitudes concernant la croissance des pays émergents tels le Brésil ou la Chine. Elles pourraient certes conduire à une réduction des stocks des industriels ou de leurs investissements, mais elles sont largement prises en compte par le consensus.

Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les écarts entre les espérances du marché et les annonces des entreprises qui contrarieront les tendances des Bourses américaines et européennes. « Les marchés sont encore guidés par des problématiques de liquidités. Or dans ce domaine, il n’y aura pas d’échéance majeure cet été », expose Cyrille Collet, anticipant une saison correcte aux Etats-Unis mais plus délicate en Europe.

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