La promesse d'un avenir radieux

le 14/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Innovation, intérêt des investisseurs..., les fonds indiciels cotés ont dépassé les 2.000 milliards de dollars d’encours.

Le 29 janvier dernier, State Street soufflait les vingt bougies de son ETF (exchange-traded fund) sur le S&P 500 qui avait donné naissance à l’industrie des fonds indiciels cotés. Parti de 6,5 millions de dollars, cet ETF pèse désormais 123 milliards d’encours. Un développement exceptionnel reflet de toute une industrie. Fin 2012, le taux de croissance sur 10 ans atteignait 30 %, selon les données compilées par ETFGI, société de conseil spécialisée qui dénombre 4.731 fonds et 208 promoteurs au niveau mondial. Une croissance qui s’est accélérée au cours des quatre dernières années avec un doublement des encours à plus de 2.000 milliards de dollars. L’ensemble du secteur des ETP (exchange-traded products), qui intègre non seulement les ETF mais aussi les ETC/ETN (exchange-traded commodities/notes), vient de dépasser en janvier cette barre symbolique, à 2.045 milliards d’actifs sous gestion (voir le graphique), selon BlackRock, poursuivant ainsi la dynamique de croissance enregistrée en 2012. «L’an dernier, l’ensemble des ETP a enregistré une collecte record de 263 milliards de dollars, se réjouit David Benmussa, directeur d'iShares en France, plate-forme de fonds indiciels cotés du géant américain BlackRock. Une grande partie de ces flux sur les actions proviendrait d’un transfert de la gestion active vers la gestion passive.» Les seuls ETF ont vu leurs actifs sous gestion augmenter de 30 %, à 1.755 milliards, selon les analystes de Deutsche Bank.

 

2 % de la gestion d’actifs

 

 

Les ETP ne représentent toutefois que 2 % de l’ensemble de l’industrie de la gestion d’actifs, ce qui, selon les acteurs du secteur, montre le potentiel de croissance à venir. «Nous pourrions assister à un nouveau doublement des actifs sous gestion dans les quatre prochaines années, voire plus rapidement», croit David Benmussa. «Nous anticipons une croissance de 15 % des encours cette année», précise Arnaud Llinas, responsable ETF chez Lyxor, filiale de Société Générale. Outre le potentiel lié à la taille relative des ETP dans le monde de la gestion d’actifs, le secteur continuera d’être tiré par l’innovation produit, notamment dans le segment de l’obligataire. «Historiquement, le marché des ETP a été dominé par les indices actions, indique Arnaud Llinas. La thématique des obligations est plus récente mais se développe fortement depuis quatre ans.» Et notamment en 2012 avec 70 milliards collectés sur ce segment.

Surtout, ces innovations répondent à un intérêt grandissant de la part des investisseurs. «Ces derniers utilisent de plus en plus les ETP dans le cadre de leurs allocations tactiques et stratégiques», note Deborah Fuhr, partner chez ETFGI. Un attrait justifié par la flexibilité offerte par ces produits, selon les spécialistes du secteur. «Les ETP facilitent l’accès à certains marchés avec des conditions d’utilisation plus aisée que pour les ‘futures’», souligne Houda Ennebati, responsable pour la France chez db-X Trackers (Deutsche Bank). Cela a pu être le cas dans l’obligataire avec le ‘high yield’, ou pour des ETF investis en actions de certains pays comme l’Inde.»

Toutefois, dans un univers toujours plus hétérogène avec un nombre important d’indices répliqués, voire avec plusieurs promoteurs commercialisant des ETF sur les mêmes benchmarks, les investisseurs se montrent particulièrement attentifs aux caractéristiques des différents produits. «Ils regardent non seulement la performance du fonds par rapport à l’indice mais aussi la qualité de la réplication, le ‘spread’ et la liquidité», explique Arnaud Llinas chez Lyxor qui a récemment publié une étude sur l’écart de performance entre ETF répliquant le même indice. Les frais ne seraient donc pas le critère le plus important pour les investisseurs. Ce d’autant qu’il faut prendre, outre les frais de gestion, un ensemble de paramètres comme les prêts-emprunts de titres, l’optimisation fiscale des dividendes… pour calculer le coût total de détention d’un ETF. Les investisseurs préfèrent donc se concentrer sur la liquidité de ces produits. Ce qui explique pourquoi les plus gros fonds attirent une grande partie de la collecte. «C’est un marché où l’effet de taille compte énormément», souligne David Benmussa. De fait, il est concentré entre trois acteurs, que ce soit en Europe comme aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, iShares, State Street et Vanguard se taillent la part du lion et cumulent 83,1 % de part de marché. Même topo en Europe où iShares, à nouveau, db-X Trackers et Lyxor dominent avec 53,3 % de part de marché. Et la position dominante d’iShares devrait encore se renforcer avec l’acquisition de Credit Suisse ETF. De quoi faire grincer les dents des concurrents et de certains investisseurs.

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