Dossier ETF

Des produits sectoriels au service de stratégies tactiques

le 10/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Gérants de fonds, institutionnels et « hedge funds » font un usage très différent de ces produits pesant plus de 10 milliards d'euros.

Succès confirmé pour les ETF (exchange-traded funds) sectoriels : ils totalisent un encours de 10,2 milliards d’euros en Europe au 19 janvier*, en hausse de 18 % sur un an. La forte volatilité des marchés, doublée de la dispersion des performances d’un secteur à l’autre, explique l’intérêt croissant des clients pour ces fonds, qui représentent désormais 5 % des actifs totaux des ETF en Europe. Et dans ce contexte, un fournisseur d’indices a su très bien tirer son épingle du jeu : plus de 80 % des encours sont en effet placés sur des indices sectoriels européens créés par Stoxx. Côté gérants, Lyxor (2,2 milliards d’euros d’actifs), iShares (1,9 milliard d’euros), Source (1,8 milliard d’euros) et db x-trackers (1,4 milliard d’euros) se disputent le marché sur ces indices Stoxx.

Indices optimisés

La stratégie de différenciation de Source semble donc porter ses fruits, puisque sa gamme sectorielle européenne, lancée à l’été 2009, représente aujourd’hui 30 % de ses actifs. Différence essentielle avec le reste du marché, les ETF sectoriels de Source ne répliquent pas les indices Stoxx classiques, mais des benchmarks optimisés, développés par le fournisseur d’indices en partenariat avec Source. Ces indices reformatés excluent les valeurs les moins liquides et surtout, ils plafonnent le poids maximal d’une valeur dans chaque indice afin d’assurer une meilleure diversification. Stoxx a cependant revu en septembre 2010 sa méthodologie sur ses indices sectoriels non optimisés pour plafonner aussi le poids unitaire de chaque valeur. Ainsi, tous les indices sectoriels Stoxx sont désormais conformes à la réglementation européenne Ucits III, ce qui n’était pas le cas auparavant pour les benchmarks les plus concentrés.

Ventes à découvert

« Nos ETF sectoriels sont beaucoup plus liquides que les autres produits du marché car les indices Stoxx optimisés éliminent les valeurs les moins liquides et les plus difficilement empruntables, explique Ludovic Djebali, directeur des ventes de Source. Cela se traduit par une différence essentielle : ils peuvent aisément être vendus à découvert. » Ce que les investisseurs ne se privent pas de faire : les positions short sur ces produits représentent 1,5 milliard d’euros. Elles sont l’œuvre de hedge funds basés en Europe, qui mettent en œuvre des stratégies actions. « Les 'hedge funds' représentent moins de 15 % de nos encours sectoriels, et 100 % des positions 'short' sur nos ETF. Ils sont très actifs, donc contribuent à augmenter considérablement les volumes de transaction, donc la liquidité de nos produits », ajoute Ludovic Djebali.

Le modèle de Source, reposant sur le partenariat de cinq grandes banques d’investissement (Morgan Stanley, Goldman Sachs, Merrill Lynch, JPMorgan et Nomura), est particulièrement bien adapté à cette stratégie vendeuse. A l’inverse, les hedge funds, et leur appétit pour la vente à découvert, sont des clients plus marginaux pour les autres sociétés de gestion d’ETF. « Nos clients sur les ETF sectoriels sont principalement des 'asset managers' et des investisseurs institutionnels traditionnels, explique Marlène Hassine, stratégiste ETF de Lyxor. Ils les utilisent en allocation tactique ou encore pour s’exposer rapidement à un secteur lorsqu’ils ont une opinion forte sur une tendance de marché. » Même type d’approche pour la gamme EasyETF sectorielle de BNP Paribas : « Nos clients y ont recours pour mettre en œuvre une stratégie de rotation sectorielle, précise Danièle Tohmé-Adet, responsable du développement de l’offre indicielle de BNP Paribas Investment Partners. Ils tiennent en moyenne leur position sur trois à quatre mois maximum. »

Mais Lyxor a ressenti le besoin de répondre à la demande des gérants alternatifs et a lancé en septembre quatre ETF short, permettant de jouer les banques, l’énergie, les ressources de base et l’automobile à la baisse. Ils totalisent aujourd’hui 95 millions d’euros d’encours. « Certains clients les utilisent pour mettre en place des stratégies de type 'long/short' : ils se positionnent sur une valeur tout en étant vendeur du secteur, afin de bénéficier du potentiel propre à la valeur sans s'exposer sur l'ensemble du secteur », ajoute Marlène Hassine.

*Source : Bloomberg-Morningstar

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