L'avis de... Christophe Barret, global analyst pétrole à Crédit Agricole CIB

« Les prix entrent dans une zone à risques pour la croissance mondiale »

le 24/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelle est l’anomalie dans l’écart de prix actuel entre le Brent et le WTI ? Un Brent trop élevé ou un WTI trop faible ?

C’est le WTI qui s’est déconnecté des autres contrats en raison d’un phénomène dénommé « effet Cushing » (lire ci-contre), un phénomène de congestion des importations de brut vers ce hub pétrolier. Le cours du Brent, nettement au-dessus de 100 dollars le baril, reflète la réalité actuelle des prix. Nous anticipons que l’écart des cours qui a atteint jusqu’à 16 dollars ces derniers jours revienne à des proportions réduites au printemps. Nous tablons sur un spread revenu à 9 dollars en juin prochain, puis à 6 dollars en août. L’ajustement définitif, c’est-à-dire le retour à un écart de prix normal de 2 ou 3 dollars selon les standards historiques, serait pour 2013. Ce sera l’année où les Etats-Unis seront équipés d’un nouveau pipeline de Cushing vers le Golfe du Mexique. Ce qui désengorgera définitivement Cushing.

Existe-t-il une limite à partir de laquelle la hausse des cours devient insupportable pour l’économie ?

Cette question est sujette à de nombreux débats académiques contradictoires. Ce qui est certain, c’est que dix des onze récessions relevées aux Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale ont été précédées d’un pic des prix du pétrole. Et si l’on s’en tient au ratio dépenses pétrolières/PIB mondial - inférieur en moyenne à 3 % entre 1965 et 2009 -, nous entrons actuellement dans une zone à risques. A chaque fois que ce ratio excède 4 %, il s’ensuit une baisse brutale de la croissance économique qui a pour effet de diminuer le ratio en question. En 2008, ce ratio a atteint 5 % avec une récession mondiale en 2009 le ramenant à 3,3 %. Aujourd’hui, il dépasse de nouveau 4 %. En prenant comme hypothèse pour l’année en cours une hausse de la demande mondiale de pétrole de 1,5 million de barils par jour et une croissance économique réelle de 4,2 %, un prix du baril à 90 dollars implique un ratio de 4,4 %. Si la situation actuelle se prolonge plusieurs mois, nous pouvons nous attendre à une détérioration de l’activité économique mondiale et à une chute des cours. Selon ce mode de calcul, pour 2011-2012, le prix maximal acceptable du baril est compris entre 80 et 85 dollars.

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