L'avis de... Tito Boeri, professeur d'économie à l'université Bocconi

« La priorité, c’est le retour de la croissance »

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Quels sont les principaux défis économiques qui attendent le gouvernement Renzi ?

Le problème principal, c’est la croissance. A la différence d’autres pays, qui sont en train de revenir au niveau de PIB de 2007, l’Italie a fait un bond en arrière d’une quinzaine d’années. La demande extérieure est aujourd’hui le principal moteur de la reprise – alors que la consommation intérieure reste déprimée et que le niveau du chômage est au plus haut. Il est impératif de rendre l'appareil productif plus compétitif et, dans ce cadre, il est fondamental d’agir sur la baisse du coût du travail, alors que le gouvernement Letta s’était concentré sur la baisse des taxes sur l’immobilier. En cela, le gouvernement Renzi est bien parti. Peu importe qu’on réduise les charges sociales des entreprises ou celles qui pèsent sur les salariés, au bout de quelques années, cela revient au même. Il est aussi possible de réduire les cotisations de retraite. Les travailleurs devraient alors compter sur leur épargne pour financer une partie de leur pension, mais cette mesure relancerait certainement l’emploi. L’important, c’est d’agir directement sur le coût du travail, sans abaisser l’impôt sur le revenu (Irpef), une mesure moins ciblée, qui profiterait, par exemple, aux retraités, ni l’impôt sur les sociétés (Irap).

Que pensez-vous de l’adoption prochaine d’un « Jobs Act » pour réformer le marché du travail ?

On ne connaît pas encore les détails, mais je pense que les grandes lignes annoncées par Matteo Renzi avant qu’il arrive au gouvernement (lire ci-contre) vont dans la bonne direction.

Vous semble-t-il possible de concilier mesures de relance et rigueur budgétaire ?

C’est une question complexe, mais l’Italie pourra obtenir plus de flexibilité de Bruxelles à condition de faire des réformes sérieuses, en commençant par celle du marché du travail. Je suis convaincu qu’on peut trouver une couverture budgétaire aux mesures de relance, notamment avec la réduction des dépenses publiques courantes. Il faut toutefois être conscient que la spending review [examen détaillé des dépenses de l’Etat, NDLR] ne produit pas des effets immédiats.

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