Un premier FCPR d’obligations non cotées de PME

le 07/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Twenty First Capital vient de lancer un fonds investissant exclusivement dans des obligations émises par des PME, en partie garanti par Oséo.

Dans une récente allocution sur l’investissement de long terme, Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur, évoquait parmi les champs de réflexion l’accès au financement des entreprises de taille moyenne. Sans attendre, certains gérants d’actifs ont déjà agi. Les fonds Micado, du Giac ou de Fédéris Gestion d’Actifs ont levé l’an dernier 440 millions d’euros permettant de financer un certain nombre d’ETI (entreprises de taille intermédiaire). Les investisseurs, dans leur quête insatiable de rendement, veulent désormais se pencher sur les PME. « Ce segment recèle de véritables opportunités d’investissement permettant de répondre à leurs besoins non couverts de financement dans un marché européen encore très intermédié par les banques », souligne Stanislas Bernard, président de Twenty First Capital, jeune société de gestion (agréée fin 2011 et gérant environ 400 millions d’euros d’actifs) qui vient de lancer un fonds investi dans des obligations non cotées émises par des PME : Avenir PME Obligations.

Ce genre d’initiative, appelée debt venture, est déjà courante aux Etats-Unis, marché désintermédié, mais également en Grande-Bretagne depuis une dizaine d’années. En France, le marché se limite à quelques acteurs, comme Généris Capital (L'Agefi Hebdo du 12 février 2009), s’adressant plutôt aux investisseurs particuliers. Ce qui n’est pas le cas d’Avenir PME Obligations. Ce fonds, réservé aux investisseurs avertis, prend la forme d’un FCPR (fonds commun de placement à risque) à procédure allégée. Il vise à financer des PME au sens de la réglementation européenne. Twenty First Capital espère lever jusqu’à 150 millions d’euros d’ici à fin juin, ce qui permettra de souscrire à plus de 40 émissions obligataires de PME françaises pour des projets de croissance, avec un ticket moyen de 3 millions d’euros. Les fonds sont appelés au fur et à mesure du bouclage des dossiers.

Diversité des types d’instruments

Twenty First Capital, qui s’occupe de la construction du portefeuille et de la gestion du risque, s’appuie sur l’expertise de deux sociétés spécialisées dans les obligations émises par les PME : Boost & Co et Entrepreneur Venture présents à Paris, Marseille et Lyon. « Cela nous permet de nous entourer d’experts reconnus sur ces marchés et de couvrir les grandes zones d’activité en France », indique Sébastien Grasset, secrétaire général de la société de gestion en charge des aspects juridiques des investissements.

Les financements prendront la forme d’obligations convertibles, d’obligations à bons de souscription d’actions, ou d’obligations simples. « La diversité des types d’instruments obligataires est une autre des particularités du fonds, relève Christophe Leroy, fondateur et président de Caram Partners, société de conseil spécialisée dans le non-coté et ayant accompagné Twenty First Capital dans la structuration du fonds. Cela apporte une diversification supplémentaire pour l’investisseur qui s’ajoute à celle des secteurs d’activité. »

Pour rassurer les investisseurs, le fonds bénéficie d’une garantie Oséo couvrant une partie des fonds prêtés. « Cette garantie est une pièce essentielle du dispositif », assure Philippe Rey, responsable des investissements à l’UMR (Union Mutualiste Retraite, groupe Corem). La mutuelle, qui avait déjà pris part à Micado, a investi 15 millions d’euros dans ce fonds. La garantie couvre au maximum 70 % des investissements (hors coupons) sur les entreprises de moins de 5 ans d’existence et 50 % pour les autres, plafonnés à 30 % de l’encours total. Chaque émission doit être validée par Oséo. Ce dispositif permet aux investisseurs soumis à Solvabilité 2 de limiter le capital requis (SCR). La valorisation du fonds étant peu volatile (les sous-jacents ne sont pas cotés) et le fonds offrant une garantie partielle, le SCR spread serait compris entre 7,5 et 10,5 %, selon les estimations de Twenty First Capital. De plus, le fonds négocie, au cas par cas, des sûretés avec les entreprises qu’elle finance. Autre sécurité pour l’investisseur, Twenty First Capital vient en cofinancement avec un autre partenaire (généralement Boost & Co ou Entrepreneur Venture).

Le fonds a déjà levé une cinquantaine de millions auprès de douze investisseurs, dont l’UMR, la Mutuelle de Vitry-La Fraternelle et STAGS, le family office de Philippe-Louis Dreyfus. « Un premier financement, pour lequel nous avons négocié un nantissement de titres, est sur le point d’être finalisé, fait savoir Sébastien Grasset. Deux autres sont en phase avancée de ‘due diligence’. Une dizaine d’autres émetteurs potentiels ont été sélectionnés par nos partenaires. » Le fonds sera totalement investi en dix-huit mois. Il vise un taux de rendement interne net annuel médian de 7 %.

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